Le Louvre extrait de ses fonds une exceptionnelle collection d'estampes d' Anthony Van Dyck. Cette série de portraits d'hommes célèbres témoigne d'une grande acuité psychologique et annonce avec une extraordinaire intuition l'art des Lumières."
L’exposition du Louvre, qui occupe trois salles sombres intercalées entre les salles de Peinture française de la Cour carrée, montre non seulement les gravures mais également les dessins préparatoires (gravures exécutées par les assistants de Van Dyck et retouchées par le maître pour l’édition finale), et les cuivres originaux.
Entre artisanat et industrie
On y découvre la fascinante part méconnue du travail de graveur, cette cuisine technique complexe où se mêlent les mains successives.
Seules les plaques métalliques, négatifs premiers de l’œuvre, matériel réalisé en amont que les musées se plaisent depuis quelques années à exposer, sont les véritables originaux.
Car l’étude de l’élaboration des gravures abolit la conception mythique de l’auteur unique, comme le démontrait brillamment une exposition récente aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles consacrée à l’atelier de Pierre-Paul Rubens, véritable chef d’entreprise qui signait des œuvres dont il confiait une grande partie de la réalisation à ses assistants (parmi lesquels Van Dyck).
La gravure est en ce début de XVIIe siècle un outil de diffusion extraordinaire, qui exporte à une vitesse fulgurante les modèles des grands maîtres dans toute l’Europe. Ainsi en est-il d’un ouvrage conçu par Van Dyck et consacré à des portraits d’hommes célèbres de son temps : grandes figures politiques, savants, artistes, etc. Baptisé à la fin du XVIIIe siècle l’ « Iconographie », l’objet éditorial connut un succès immense.
Remarquable intuition
Par leur diffusion pendant plusieurs siècles, les portraits gravés de Van Dyck constituèrent une norme artistique dont on retrouve des caractéristiques jusque dans les portraits de David ou d’Ingres : mélange de gravité et de spontanéité, main sur la hanche ou retenant le pli d’un vêtement, regard frontal défiant le spectateur ou fixant un hypothétique lointain, cheveux en bataille témoignant du caractère impétueux du modèle, etc.
A la différence des portraits peints de Van Dyck, les portraits gravés ne sont pas contextualisés, les personnages n’appuient pas leur autorité sur un fond de paysage : aussi la description minutieuse de leurs traits est-elle seule garante de la transcription d’une psychologie.
Pascal Torres-Guardiola, conservateur de la Chalcographie (*) du Louvre et commissaire de l’exposition, rappelle le rôle des portraits de Van Dyck dans la révélation d’un sujet « vivant, singulier, représentable », et tient l’Iconographie pour une « manifestation proprement politique ».
En effet, l’artiste, projetant le spectateur dans l’intimité d’une personnalité, devance d’un siècle l’individualisme prôné par les Lumières, et affirme l’unicité de l’homme revendiquant la maîtrise de son destin, démontrant ainsi une extraordinaire intuition.
(*) Terme désignant la gravure sur métal et le lieu où l’on expose les planches obtenues par ce procédé.
Van Dyck graveur. L’art du portrait Paris, musée du Louvre 7 février – 5 mai 2008
Illustr © 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier
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