Les autobiographes représentent une part étonnamment élevée de la production et des ventes de graphic novel, et ils s’attirent beaucoup d’inimité. S'il y a peu de choses aussi irritantes qu’un mauvais graphic novel autobiographique, il reste cependant un nombre impressionnant d’autobios réussies dans la bédé.

La faute en incombe certainement à Robert Crumb, le plus célèbre des auteurs de comix underground, qui s’est mis à l’autobio dans les années 1970 sur les traces de sa femme Aline Kominsky. Le succès du mémoire d’Art Spiegelman, Maus, n’y est certainement pas étranger non plus. Toujours est-il que raconter sa propre vie ou se mettre en scène dans une version approximative est presque un passage obligé pour l’auteur américain de graphic novel, au point qu’on soupçonne beaucoup de fictions de « vérité » et de « réalité ».

Old School / New School

Tout d’abord, il y a les auteurs alternatifs de la vieille école, héritiers de Crumb, qui se mettent en scène comme des parias, toujours dans l’auto-dénigrement : Seth, Joe Matt, Chester Brown, Julie Doucet, Ivan Brunetti…

Ceux-ci laissent de plus en plus la place à une jeune génération qui se veut moins caricaturale, et qui souvent se présente comme sensible mais fondamentalement ordinaire, simple et gentil. Ce sont sans doute les plus énervants mais ils comptent parmi leurs rangs quelques cas désarmants comme Craig Thompson, un excellent dessinateur et un garçon tellement sensible, ordinaire, simple et gentil qu’il nous fait oublier tous les péchés de ses semblables dans son épais Blankets.
[ John Porcellino, pionnier des « mini-comics », raconte sa vie depuis les années 1980, ou plutôt des fragments, des petits moments saisis par un trait minimaliste et quasi-enfantin. Le personnage est certainement un précurseur de la vague « émo » actuelle mais aucun de ses suiveurs n’arrive à être aussi minimaliste et zen sans être ennuyeux.
L’anglais Eddie Campbell s’en approche à sa manière, les frasques de sa jeunesse ayant fait l’occasion de spirituelles farces en BD. Ses graphic novels d’aujourd’hui peignent par contre l’image du quotidien sans accident d’un homme rangé. La manière dont il parvient à rester intéressant est un mystère.

Surprise

La mode des autobiographies a aussi ceci d'intéressant qu'elle amène à elle ceux que l'on aurait pas suspecté. Alison Bechdel, auteur depuis des années d’un strip lesbien peu remarqué et publié dans la presse alternative, a révélé aux yeux du monde un talent littéraire insoupçonné avec Fun Home, un mémoire dans lequel elle évoque la mort de son père.
Chester Brown, canadien auteur de comics surréalistes dérangés dans les années 1980, s’est mis dans la décennie suivante à produire à son tour des examens détaillés de sa propre enfance avec sa mère schizophrène.

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