Paris arrive comme une synthèse et une suite logique au parcours de Cédric Klapisch, réalisateur populaire, ascendant non bêtifiant. Retour sur quelques thèmes et figures récurrentes qui caractérisent son style et son état d’esprit.
Paris
De Riens du tout à Paris, un large panoramique de la capitale ouvre fréquemment ses récits parisiens dans lesquels on ne fait pas le procès du parisianisme. C’est une manière d’installer d’emblée un décor global dans lequel évolueront les personnages. Paris comme un grand tout, le groupe majeur qui contiendrait tous les autres formes de communautés, qu’elles soient amicales, professionnelles ou de quartier. Seule l’adaptation de la pièce des Jaoui/Bacri se déroule aux portes de la capitale. Quartier (Bastille) en déconstruction ou tout neuf (la Grande Bibliothèque), lieux symboliques (quartier latin, Grands magasins), charmants (Montmartre, la Butte aux Cailles) ou fascinants (les Champs-Élysées), au plus loin Rungis, le décor n’est jamais hasardeux. Il contient immédiatement une charge symbolique qui oriente le regard, pose une ambiance et en fait un élément digne d’un personnage. Un personnage dont on peut suivre, au fil des films, le devenir et pour lequel on change de point de vue en découvrant ses (é)mouvantes facettes. Rien de particulièrement remarquable pourtant, dans sa manière de rendre compte de la Ville Lumière. Ni enjolivée, ni dégradée, elle subit le même traitement qu’un acteur. Elle existe vite et bien.
Des stars, Madame René et les Autres…
A l’image du Péril jeune, téléfilm de commande diffusé par Arte avant de devenir un inattendu succès générationnel, ces films furent longtemps qualifiés de bonnes surprises. Mais depuis le succès de L'Auberge espagnole , dont l’ampleur étonna, il suscite de véritables attentes. Pourquoi mettre autant de temps à identifier un auteur ? Peut-être parce que son cinéma repose avant tout sur des personnages qui deviennent des figures étendards au détriment de leur créateur. Pour Riens du tout, Luchini et la Grande Galerie de portraits des employés focalisèrent l’attention. Idem pour Le Péril Jeune dominé par le charismatique Tomasi/Duris. Des révélations (Cécile De France, Vincent Elbaz), ou des acteurs confirmés (Jaoui, Bacri, Darroussin, Belmondo, Luchini, Marie Gilain…etc.) ont le plus souvent attiré la lumière. Ce qui semble convenir à sa discrétion et au sens de son cinéma. Paradoxalement, c’est plutôt dans l’éclairage des petites gens, parfois en marge du récit, que son talent semble le plus évident. Zinédine Soualem, Simon Abkarian, Madame René (la petite vieille dame) sont des figures tout aussi emblématiques. Parce qu’elles reviennent avec régularité et existent, en très peu de temps, avec une consistance surprenante. Cette caractéristique klapischienne est remarquable : il crée un personnage compréhensible en quelques dialogues et coups de caméra. Toujours à la limite de la caricature, il part sans ambiguïté du principe qu’il faut bien forcer le trait pour arriver à un semblant de vérité. Grâce à un vrai sens de l’observation et pas mal d’humour, il y arrive fort bien.
On le sent et il dit. Il s’intéresse aux autres dans leur rapport au monde, leur façon de s’adapter aux règles énoncées par les circonstances ou les communautés. La famille, les amis, les collègues, les complices…, sont autant de groupes dans lesquels une individualité se doit de trouver ses marques. Mais personne n’est jamais maltraité chez Klapisch, qui est un vrai gentil. Les rares méchants (Ni pour ni contre (bien au contraire)), on finit par les aimer. L’identification a donc toutes les chances de fonctionner. Dans ces nombreux premiers et seconds rôles très typés, on se reconnaît d’autant mieux que nous aussi sommes plutôt… gentils.
L’acteur : Romain Duris
Logiquement, ses thèmes ont évolué avec l’âge : le sien et celui de son acteur fétiche. Même s’il aborde depuis peu des mondes plus adultes, ils restent liés à une jeunesse festive. Les soirées sont des moments forts de la vie des membres du groupe, elles scellent les liens. C’est aussi une manière commode de regrouper tout le monde. Romain Duris, charmant séducteur animé d’une (haute-) tension interne, en est le symbole. Il a bien bu, bien fumé, et un peu gobé au cours de ces fêtes. Mais il s’assagit. L’énumération des rôles est parlante : ébats de la révolte post-ado, dragueur cynique, étudiant puis jeune actif, (peut-être) futur père puis homme malade. Soit les grandes lignes d’une vie qui se nourrit de l’interaction entre les deux hommes. De copains à complices, presque frères, au fil des films, Romain Duris est devenu l’alter ego dans lequel Klapisch projette ces expériences et observations. Cette relation rappelle le lien unissant Truffaut à Jean-Pierre Léaud. Eux aussi, composèrent, notamment à travers le personnage d'Antoine Doinel, une petite comédie humaine, en plusieurs épisodes (5) où le héros, d’abord enfant (Les 400 coups), grandit et prend de la maturité. Chez Klapisch en revanche, ce n’est pas le regard du père mais celui du bon copain, avec l’absence de sens critique que cela peut impliquer. Là encore, l’identification se trouve facilitée par la reconnaissance d’une figure récurrente. Comme un rendez-vous avec un vieil ami devenu célèbre dont on attend des nouvelles, curieux de l’évolution de son parcours. Un jour, Duris sera grand-père, parlera de retraites et d’insécurité… et on trouvera ça toujours aussi bien parce qu'on aura évolué avec lui.
Trop gentil ?
Klapisch fait donc du bon cinéma populaire, divertissant, sensible. Intelligent mais surtout pas intello. Sans manichéisme puisque, chez lui, le Mal n’existe pas. Ou seulement sous une forme impersonnelle (maladie, malentendu, adultère), jamais dramatique et souvent momentanée. Rien de révolutionnaire donc, juste le plaisir de suivre un plaisant énoncé dénué de puissance subversive. C’est peut-être bien dommage, finalement, qu’il soit aussi gentil. Ses idées et ses engagements (sans-papiers, Harry-Potterisation de la culture) sont nobles mais guère perceptibles à cause d’une forme trop lisse. C’est du cinéma propre, sans aspérité. Excepté Chacun cherche son chat, qui s’appuie sur une caméra proche et mobile qui semble attendre les « incidents », on ressent la précision de l’écriture et du montage qui tendent à dire vite et bien. A défaut de la Fémis, ses études new-yorkaises lui auront appris, à l’image d’un Sorsese qu’il admire, l’art et la nécessité d’aller à l’essentiel, sans fioriture. Mais à force de ne pas rentrer dans le fond des choses, le danger guette. Ainsi, dans Paris, l’histoire de l’immigrant clandestin, trop simpliste, diffuse un curieux sentiment de bobo bien-pensant qui se dédouane à peu de frais. Comme un survol léger et planant qui ne doit pas risquer d’entamer le bonheur que le film se doit de diffuser. Car Klapisch s’attache au bonheur des gens. Pour ça, il crée du lien entre eux. Il fait le joint. Il unit, fait rire mais déconnecte des réalités. Après tout, c’est tout ce qu’on demande au cinéma, non ?
« Et c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde » (Alceste dans Le Misanthrope).

Sur le web
Agnus Dei, Balles de feu, Bataille à Seattle, Drillbit Taylor : garde du corps, GAL, J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un, Jackpot, Les Aventures de Impy le dinosaure, Loin de Sunset Boulevard, Meet the Spartans, Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, Reclaim Your Brain, Si loin, Stop Loss, Teeth, Tu peux garder un secret ?, Wonderful Town
Les films de la semaine prochaine
Cleaner, Enfances, Et puis les touristes, Ken 1 - L'Ere de Raoh, Le Journal d'une baby-sitter, On the Rumba River, Semi-Pro, Sous les bombes
Benoît Magimel / Laetitia Casta /
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier

|
|
|
|
|
|
Zoom sur
George Clooney / Martin Scorsese / Scarlett Johansson / Sean Penn / Jean-Paul Rouve / Nathalie Baye / Jim Jarmusch / Tonie Marshall / Edouard Baer / Alice Taglioni / Mary-Louise Parker / Tim Burton
L'abécédaire
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher les films par :
genres / nationalité / années de sortie
- Le 7e art - Open Bar
- les plus beaux titres de film
- Mon Premier Clip => Votre avis?
- SUJET DLA 2008
- Comment graver un DVD ?