Si la majorité présidentielle craint de se voir sanctionnée dans les urnes, la victoire de la gauche n'en sera peut-être pas une. Ses succès attendus à Paris, Strasbourg, ou espérés à Bordeaux et Toulouse cachent une plus triste réalité. Explications.
Car si les scrutins intermédiaires servent souvent à adresser un carton jaune à un pouvoir dont on se défie – confère les régionales de 2004 - ils produisent rarement l'effet inverse : un gouvernement qui bénéficie d'une bonne image n'entraine pas une victoire électorale de sa majorité. Le Lionel Jospin de 2001, pourtant doté d'une notoriété à laquelle Sarkozy peut aujourd'hui rêver, n'empêcha pas la gauche d'essuyer un relatif revers aux municipales – revers en partie masqué par les victoires fortement symboliques de Paris et de Lyon.
En clair : si vous êtes détesté vos candidats en feront les frais et si vous êtes aimé, le scrutin est ramené à sa dimension locale.
La capacité de déni
La gauche et singulièrement le parti socialiste auraient au regard de la situation actuelle toutes les raisons d'espérer. A jeun, le PS pense pouvoir consolider ses positions. Légèrement enthousiaste il se voit obtenir une trentaine de villes de plus de 20 000 habitants. Enivré par le fantasme d'un retour en grande pompe il se prend à rêver de conquêtes autrement glorieuses : Strasbourg (gagnable) Toulouse (aussi) et pourquoi pas le Bordeaux d'Alain Juppé.
Pour autant, cette victoire outre qu'elle n'est pas acquise, sonnerait surtout comme la défaite du camp d'en face. En l'absence de projet fort et cohérent tout autant que de leader incontesté, le PS sera vêtu d'un costume un peu large. Sa capacité sans limite de dénégation risquerait même de le voir encore ajourner la nécessité de la refonte.
Après trois défaites consécutives à la présidentielle, le parti socialiste pourrait voir s'éloigner durablement la perspective de ses ambitions nationales au profit d'une stature consolidée mais limitée à l'espace « local ». Un grand parti , fort de l'essentiel des conseils régionaux et de nombreuses villes mais jamais assez costaud pour rafler la majorité au Parlement et l'Elysée.
A cela s'ajoute que la victoire du PS est surtout une OPA sur la gauche ou ce qu'il en reste : loin du programme commun de Mitterrand et même de la gauche plurielle de Jospin, le parti socialiste capitalise sur les cendres de ses partenaires agonisants.
Si bien que si les municipales de 2008 signeront fatalement la défaite de quelqu'un il est possible qu'au final il n'y ait aucun vainqueur à congratuler...