Le catch étant devenu un sport très populaire au Mexique dans les années 1930, le cinéma ne tardera pas à exploiter ce filon, créant au passage une véritable spécialité locale : le lucha libre, ou film de catch. Une exception culturelle qui mérite bien qu’on s’y arrête un peu.

Précisons d’abord : par catch ou lucha libre, il s’agit bien de véritables spectacles, avec des combattants aux corps hors de proportion et masqués, sur le ring comme au-dehors. Ces stars du sport mexicain ne dévoilaient leur visage qu’en cas de défaite. Un détail qui a toute son importance, puisqu’il relève d’une caractéristique très cinématographique : ce sont des surhommes sans visage… En 1952 sortent les deux premiers films à porter sur grand écran ces lutteurs masqués : Huracan Ramirez et El Enmascarado de Plata (L’homme au masque d’argent). Les caractéristiques du film de lucha libre se définissent très vite : les scènes de combats filmées succèdent aux situations dans lesquelles le héros doit protéger la veuve et l’orphelin.

Le catcheur remplace ainsi le héros masqué typiquement américain (Superman, Batman and co), à deux différences près : il s’agit d’un véritable catcheur dans le rôle-titre (très souvent Fernando Osés au début, puis Blue Demon, Superzan ou encore des femmes catcheuses : Las Luchadoras), et de plus il ne change jamais d’identité, portant en civil comme au combat son masque et son nom de scène. Si les premiers films de lucha libre s’inspirent fortement des films américains de super héros, ils vont rapidement dévier et s’ouvrir à des mélanges scénaristiques dignes des meilleurs cocktails, s’orientant définitivement vers l’univers du fantastique. Ladron de cadaveres en 1956 (le Voleur de cadavres) est le film ouvrant la voie : un catcheur s’y voit transplanter un cerveau de gorille, ce qui le rend incontrôlable…

En 1958 apparaît sur grand écran une superstar du catch mexicain, Santo, dont le simple nom suffit à faire exister les projets les plus fous. Après deux apparitions plutôt brèves dans Santo contra hombres infernales et Santo contra cerebro del mal, son premier « grand » rôle arrive avec Santo contra los zombies, réalisé en 1961 par Benito Alazraki. C’est le film qui va imposer à la fois Santo comme une star de cinéma très populaire, et définir les codes du genre lucha libre. Il y est en effet à la fois un catcheur et un super héros, engagé dans la lutte contre le mal aux côtés de la police. Il possède en outre son laboratoire.
Pendant plus d’une décennie, il va enchaîner les films : Santo vs las mujeres vampiro (Santo contre les femmes vampires) en 1962 est devenu un film totalement culte, suivi par Santo y Blue Demon vs Dracula y el Hombre Lobo (Santo et Blue Demon contre Dracula et le Loup Garou), Santo el Enmascarado de Plata vs. La invasion de los marcianos (Santo au masque d’argent contre l’invasion des martiens), Las momias de Guanajuato (Les momies de Guanajuato), Santo contra Blue Demon en la Atlantida (Santo contre Blue Demon dans l’Atlantide)…. On retrouve ainsi tout le bestiaire horrifique de la Hammer et le même penchant gothique, mais avec ces irruptions intempestives de scènes de combat sur le ring tellement… typiques.

Si les projets tentent de multiplier les apparitions de catcheurs mythiques, opposés à des associations inattendues de personnages maléfiques (femmes vampires et extra-terrestres, etc…), le genre touche pourtant à sa fin, et le public s’en désintéresse vers le milieu des années 1970. Tel un brave, Santo sera un des dernier catcheur à participer à des lucha libre, et il mourra peu de temps après avoir tourné dans El Hijo del Santo (le Fils de Santo) au début des années 1980. Depuis, sporadiquement, des films de lucha libre sortent, mais sans grand succès. Tout comme d’ailleurs l’hommage américain rendu à Santo par Jack Black dans Super Nacho, qui s’est révélé être surtout un super bide.

Illus.1 : Santo
Illus.2 : El ladron de cadaveres
Illus.3 : Santo contra los casadores de cabezas (Santo contre les coupeurs de têtes)
Illus.4 : Santo contra la hija de Frankenstein (Santo contre la fille de Frankenstein)

Laurence Reymond


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