Petite histoire du cinéma mexicain (3/6)
Voilà un genre particulièrement ancré dans la culture latine. Fruit des amours incestueuses du catholicisme, du style baroque et des nombreuses superstitions locales, le fantastique latin trouve dans le cinéma mexicain un territoire parfait pour son épanouissement.
Si les années 1940 sont assez pauvres en films de genre, les années 1950 voient un renouveau du cinéma fantastique mexicain, en partie grâce à l’influence et au succès des films noirs RKO (Tourneur, Wise, Robson… soit un fantastique suggéré et particulièrement élégant) et l’héritage de la Universal (les films de vampire et de monstre, dans un style plus volontiers baroque). Le film qui signe cette renaissance, Ladron de cadaveres réalisé en 1956 par Fernando Mendez, est une histoire entre Frankenstein et la culture locale, puisqu’il y est question d’un scientifique dont les expériences tournent mal le jour où il transplante un cerveau de gorille dans le corps d’un catcheur. Suivra rapidement El Vampiro du même Mendez, transposition des aventures du fameux comte Dracula… dans une hacienda. Spécialiste incontournable du genre, Mendez signera ensuite Les Proies du Vampire, Le Retour du Vampire, Le Cri de la Mort, Les Mystères d’outre-tombe….
Abel Salazar, à la fois producteur et acteur, se verrait bien reproduire le succès de la Universal et se lance dans le filon avec sa société de production ABSA, enchaînant avec El ataud del vampiro (Le cercueil du vampire). Le succès public est au rendez-vous, et il produit les années suivantes : El hombre y el monstruo, El mundo de los vampiros, La maledicion de la Llorona, El baron del terror… Chano Urueta, Alfonso Corona Blake, Rafael Baledon comptent parmi les cinéastes les plus prolifiques de cette période.
La fin des années 1950 et le début des années 1960 marquent ainsi un véritable âge d’or du genre fantastique mexicain. Les années 1957-58 voient le succès de la trilogie des momies aztèques (La malédiction de la momie aztèque, La Momie aztèque, La Momie aztèque contre le robot) de Rafael Portillo, mais aussi quantité de films de vampires et de monstres divers : La isla de los dinosaurios, El planeta de las mujeres invasoras, El terrible gigante de las nieves (le terrible géant des neiges), Pacto Diabolico, El Hombre que logro ser invisible (le Nouvel Homme invisible). Sous influence désormais de la Hammer, le cinéma mexicain ne se prive d’aucune référence sexuelle, et le gros de la production fantastique répond alors aux critères de la série B. Plus original, René Cardona s’inspire volontiers de la bande dessinée lorsqu’il adapte les aventures du roi de l’illusionnisme Zovek dans L’Incroyable Professeur Zovek et L’Invasion des morts.
Cardonna est un bon faiseur, qui donnera aussi dans le film de vampire et de momie (La vengeance de la momie en 1965, Santo contre le trésor de Dracula en 1968), et transmettra son art à son fils, René Cardonna Jr. Ce dernier reprendra la main dans les années 1970, avec entre autre Guyana, la secte de l'enfer (1979), Le Mystère du triangle des Bermudes (1977) ou Tintorera (Les Dents d'acier, 1977), sorte de remake des Dents de la mer.
En dehors de quelques cas particuliers, le cinéma fantastique perd de son intérêt dans les années 1970, et devra attendre les années 1990 pour connaître un renouveau. À noter, si l’horreur et le surnaturel irriguent une bonne partie du cinéma mexicain, le genre science-fiction a quant à lui bien peu intéressé les cinéastes locaux.

Illus.1 : Santo contre le trésor de Dracula
Illus.2 : El planeta de las mujeres invasoras
Illus.3 : El ataud del vampiro
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