Parmi les trois pièces de Kleist jouées en ce moment sur les scènes françaises celle qui fait le buzz, en ce début 2008, c'est La Petite Catherine de Heilbronn, aux Ateliers Berthier (Odéon).

André Engel et son équipe artistique fidèle sont décidément en haut des charts. Triomphe à l'Odéon, reprise grandiose de Cardillac à l'Opéra Bastille. Le hasard du calendrier propulse le metteur en scène sous les feux des projecteurs parisiens en cet hiver ensoleillé. Une pièce de Saint Valentin, La Petite Catherine est une pièce peu connue de Kleist, moins que Le Prince de Hombourg où s'illustra Gérard Philipe.
Toute une époque, un peu connotée « poussière et phono » pour ceux qui en sont restés au souvenir de l’acteur fringant.

La Petite Catherine, les jeunes adorent : une histoire d’amour à rebondissements, du suspens, et la fin tragique que leurs professeurs mettent en avant pour les attirer au théâtre où ils passeront 2h20 dans le noir. Ça parle aux ados, le suicide d’un jeune écrivain et de sa belle, condamnée par une maladie incurable. Le message de La Petite Catherine est plus positif, mâtiné de prédestination et « d’amour toujours». Bref, c’est romantique à souhait, mais la mise en scène et les interprètes évitent le piège du shamallow.

Du cinéma

Cardillac à Bastille et ses activités fréquentes sur les scènes lyriques de France et de Navarre amènent d’aucun à qualifier aisément André Engel de metteur en scène d’opéra, n’hésitant pas à donner dans le grandiose. Les décors de Nicky Rieti n'y sont pas pour peu.
Mais avec ce Kleist à l’Odéon, c’est plutôt au cinéma que l’on peut faire appel pour apprécier la mise en scène. Les Ateliers Berthier offrent l'avantage de la proximité ; les interprètes peuvent donc varier les nuances, et les lumières d'André Diot jouent à merveille la largeur des plans.

Engel a toujours su exploiter au maximum les espaces pour en faire des lieux de représentation. Haras, hangar, hôtel, tout lui est bon. Ici, c’est sa propre scénographie qu'il redécouvre, improbables ruines, inspirées du peintre Caspar David Friedrich, inscrites dans le cube de béton des Ateliers Berthier.
Il y a vingt ans, Engel créait le Centre bilatéral de création théâtrale et cinématographique. La synthèse est ici frappante.

« André est content »

Le soir de la première, lors des saluts, le metteur en scène venait saluer avec sa troupe et, regard pétillant, embrassait la main de la petite Catherine (Julie-Marie Parmentier), qui le lui rendait spontanément. Un peu plus tard, les yeux fiévreux de joie, elle rayonnait: « André est content, c’est le plus important », avant de se jeter fougueusement au cou de son partenaire, Jérôme Kircher(le Comte Wetter von Strahl).
Une simple image de bonheur, une image clé pourtant, comme si entre les interprètes et celui qui les a guidés régnaient les mêmes relations que sur le plateau entre les personnages : un amour débordant, une confiance aveugle.

Engel reste fidèle à ses équipes ; il retrouve régulièrement certains acteurs, poursuit sa route depuis des années avec Rieti (scénographie), Diot (lumières), Muller (dramaturgie). Le public parisien ne s’y trompe pas. Ce qui fait le succès d’un spectacle, ce n’est pas seulement le coup d’éclat d’une mise en scène impressionnante. Tout l’or du monde ne pourrait que tourner en plomb et lourdeur sans le génie de la transformation qui fait éclore sur scène les mondes jusque là contenus dans un texte de papier.
Et ce génie vient souvent avec l’âge et le sillon, patiemment creusé, de l’amitié et de l'intelligence.

(ci-dessus Jérôme Kircher et Anna Mouglalis, à l'intérieur de l'article: Julie-Marie Parmentier et Jérôme Kircher / crédit photographique de Richard Schroeder)

La petite Catherine de Heilbronn jusqu'au 23 février, aux Ateliers Berthier (Odéon). Penthésilée, à la Comédie Française, en alternance jusqu'au 1er juin

Floriane Gaber



Sur Flu http://www.theatre-odeon.fr
http://www.comedie-francaise.fr

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