Expo Saul Leiter, à la Fondation Henri Cartier-Bresson jusqu’au 13 avril
Reconnaissance tardive et méritée pour Saul Leiter, photographe américain de 84 ans qui se rêvait d’abord peintre et a exploré la couleur tout autant que le noir et blanc. Son New-York à lui n’est pas celui d’un photo-reporter, ne transmet pas de message social, mais s’attache aux instants, fugaces, et aux gens, fugitifs. Chassés par un artiste très discret…
Flâneur et glaneur
Et l’homme très discret se place toujours derrière une vitre, un encadrement de porte, une automobile pour photographier ses modèles. Buée, chute de neige le mettent à l’abri des regards et donnent surtout à toutes ses photos un aspect de flou… Artistique. Leiter flâne, et glane des images, qu’il retranscrit dans des clichés proches de l’abstraction picturale.
Il faut dire qu’il se rêvait peintre, le jeune Saul. Destiné par son père, rabbin, à une carrière théologique, cet esthète se lance pourtant dans l’art, un peu coupable, un peu gêné aux entournures. Ce qui sans doute lui donnera toute sa vie cette discrétion excessive. « C’est pour cela que je fais profil bas, j’ai été habitué à la désapprobation », avoue-t-il.
Il rencontre en 1946 le peintre Richard Pousette-Dart, se passionne pour Vuillard, Bonnard, Sotatsu, mais bascule dans la photographie dès 1947. Le déclic vient d’une exposition de Cartier-Bresson, qu’il visite au MOMA.
Il se lance donc dans la photo tout en poursuivant son travail de peintre, œuvrant à la gouache, à l’aquarelle ou aux pastels. La fondation HCB expose d’ailleurs ses carnets de croquis et quelques œuvres picturales, dans une vitrine.
Traversée du désert
Leiter se fait photographe de mode, pour Harper’s Bazaar ou Esquire, et continue son exploration de la rue.
Après une longue traversée du désert où il sombre dans l’oubli, ignoré du milieu et du public, il aura fallu toute la passion et l’opiniâtreté de la galerie new-yorkaise Howard Geenberg pour faire (re) découvrir son œuvre. La centaine de photos qu’expose la fondation parisienne, réalisées entre 1947 et le début des années 60, provient en grande partie de cette galerie, mais aussi de collections privées.
Le premier étage du parcours est dévolu au noir et blanc, le second à la couleur. Des tons doux, clairs, délavés presque. L’ambiance qui se dégage de l’ensemble ? Elle oscille entre romantisme et film noir.
Un baiser dans la ville, des gosses déguisés pour Halloween, des personnages aux contours mal définis qui se détachent, entre ombres et lumières. Pavé mouillé, vitres embuées donc, visages cachés dans des mains, l’artiste joue sur la confusion, les plans qui se brouillent. Mais ses compositions, dévoilées sous des titres simplissimes (« Foot », « Walking », « Begging », « Hats » etc.) sont bien plus élaborées et complexes qu’il n’y paraît.
Le photographe construit ses œuvres à la manière d’un peintre, par petites touches, douces et subtiles.
Ses fragments de monde sont les souvenirs qu’il cueille puis restitue. Avec humilité et discrétion, dans l’ombre. Son retour à la lumière n’est que justice.
Illustrations
photo couleur : Snow, New York, circa 1960.
photo noir et blanc : Hats, New York, circa 1948.
© Saul Leiter/ courtesy Howard Greenberg Gallery, New-York.
Exposition Saul Leiter, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, Paris 14e. Jusqu’au 13 avril.
Catalogue 100 photos 144 pages 30 euros.
Sur le web :
- Le site de la fondation Cartier Bresson
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