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Dix sept ans après les Fourberies de Scapin, Daniel Auteuil renoue avec Molière et fait merveille en Arnolphe grotesque et tragique. Et sauve "L'école des femmes"de la mise en scène trop classique et sans grande vision de Jean-Pierre Vincent.


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« Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu'on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité : l'une est moitié suprême et l'autre subalterne. »
Les mots sont connus, l'histoire tout autant. Arnolphe, 42 ans, diable de misogynie aveugle, a fait élever Agnès à l'écart du monde et de toute instruction, dès son plus jeune âge. Préférant "une laide bien sotte qu'une fort belle avec beaucoup d'esprit" et craignant le cocufiage comme la peste, il a attendu toutes ces années que la jeune fleur dont il a fait sa marionnette grandisse, pour devenir sa femme. Le moment est enfin là, qui lui réserve quelques sérieuses déconvenues.

Angoisses profondes de Molière

En 1662, l'année même de son mariage avec Armande Béjart, dont il est l'aîné de vingt ans, Molière pond cette comédie de caractères bien trempée, qui en dit long, tant sur ses angoisses profondes que sur le monde qui l'entoure. Ils sont nombreux à s'être glissés dans le costume d'Arnolphe. Ces dernières années Coline Serreau, première femme à endosser le rôle, jouait la carte grand-guignolesque et modernisait le texte avec un bonheur discutable.
Pierre Arditi campait un Arnolphe détruit, rongé par le doute dans la très belle mise en scène de Didier Bezace. Aujourd'hui, Daniel Auteuil délaisse un temps le cinéma pour jouer à son tour les monsieur de la Souche. Un retour aux planches neuf ans après son dernier rôle, et surtout des retrouvailles attendues avec Molière d'une part, et le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, qui lui donnait, en 1990, le rôle de Scapin au Festival d'Avignon puis aux Amandiers de Nanterre. Résultat mitigé.

Décor étouffant

D'abord il y a le décor. Haut, lourd, étouffant. Quatre murs qui mêlent teintes chaudes, jaunes-orangées et représentations de maisons en noir et blanc. Deux bancs de pierre et un procédé de décor tournant qui plante les personnages de part et d'autre de la maison d'Agnès. Si ledit décor représente bien l'emprisonnement de la jeune femme, il entrave aussi, d'une certaine manière, les allers et venues des personnages, qu'on aurait préféré plus bondissants encore, d'Arnolphe à Horace. Ensuite, la mise en scène. Concentrée sur ce décor tournant. Pas inintéressante, mais plutôt sage et n'apportant guère de profond éclairage sur Arnolphe. Sans parti pris vraiment affirmé sur un personnage d'une grande complexité, aux mille nuances. Dommage que Jean-Pierre Vincent ne creuse pas véritablement la psychologie de son héros qui, il est vrai, oscille entre dimension tragique et grotesque.

Auteuil fait merveille

C'est en fait la performance de Daniel Auteuil qui donne à Arnolphe toute sa dimension et mêle tension implacable, humour grand-guignolesque et effarement. Costume de satin mordoré au col blanc, feutre sombre, fine barbiche et moustaches, il apparaît dans le même accoutrement que Molière lui-même à la création du rôle (une volonté affichée de Vincent). On rit souvent face à ses égarements, où il rappelle parfois un Charlie Chaplin, un De Funès aussi.

Il fait merveille de sa voix nasillarde -qui fait glisser les alexandrins avec une telle fluidité qu'on les en oublierait presque- et de ses mimiques cocasses. Un grand fou ahuri, bouffon pathétique et ridicule, se montrant touchant aussi, dans le désarroi et la conscience de son abandon, de sa solitude et de l'échec d'un plan qu'il pensait pourtant si bien échafaudé. Face à lui, une belle brochette d'acteurs: Bernard Bloch en Chrysalde, Charlie Nelson et Michèle Goddet en Alain et Georgette, Stéphane Varupenne en Horace convaincant. Et surtout Lyn Thibault. Jeune élève de Jean-Pierre Vincent, tout droit sortie de l'école d'acteurs de Cannes, elle prête à Agnès sa candeur, sa fraîche ingénuité, son éclat et sa voix de presque enfant faussement maladroite et tellement désarçonnante.

L'école des femmes
Théâtre de l'Odéon, jusqu'au 29 mars, en tournée en janvier et février 2009.
Avec Daniel Auteuil, Jean-Jacques Blanc, Bernard Bloch, Michèle Goddet, Pierre Gondard, Charlie Nelson, Lyn Thibault, Stéphane Varupenne.

Nedjma Van Egmond



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Sur le web :
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