Dix ans après l'exposition "Lella", ici même, 150 clichés d'Edouard Boubat s'exposent à la Maison Européenne de la photographie. Femmes aux cheveux dans le vent, couples amoureux, gamins insouciants : autant de clichés qui collent aux basques de cet artiste humaniste. "Photographe du bonheur" et "correspondant de paix", il l'était assurément, mais pas seulement. L'occasion de le redécouvrir.

Robert Doisneau et Willy Ronis à l'Hôtel de ville voilà quelques années, Edouard Boubat à la MEP aujourd'hui : les photographes dits humanistes enthousiasment les foules. Les images sucrées de notre douce France font recette, inlassablement, et le public miné aime venir se ressourcer au contact du bonheur qui s'affiche en noir et blanc sur les murs des musées et galeries. Sûr que ça change de la jeunesse disloquée de Larry Clark, que la même Maison Européenne de la photographie exposait, il y a quelques semaines encore... Voici donc Edouard Boubat (1923-1999), souvent qualifié de "photographe du bonheur" et de "correspondant de paix", ainsi que l'évoquait Jacques Prévert en juin 1971, à l'occasion d'une exposition parisienne qui lui était consacrée : "Que dire de plus ? Il n'y a qu'à voir ce que Boubat voit et nous fait voir. Dans les terres les plus lointaines ou les grands déserts de l'ennui, il cherche et trouve des oasis", écrivait ainsi le poète...

Images culte et reproduites à l'infini
Lella, France, 1947 © Edouard Boubat / RaphoEntre 1946 et 1999, l'artiste français a sillonné le monde revenant souvent à son port d'attache, Paris. On peut séparer son oeuvre en deux grandes thématiques.
Le bonheur d'abord, l'insouciance, avec des images cultes et reproduites à l'infini, de cartes postales en couvertures de livres (chez Christian Bobin notamment) et une part belle faite à la lumière. Boubat disait d'ailleurs, en 1983 : "On me demande souvent comment avez-vous commencé. J'aimerais dire par la lumière". Ses modèles de prédilection, récurrents ? D'abord les gosses, insouciants, culottes courtes vissées à un comptoir, ou jouant dans les premières neiges du jardin du Luxembourg. Encore les amoureux éperdus, enlacés, seuls au monde, de Pittsburgh à la Suède, en passant par Paris, avec des clichés qui rappellent furieusement ceux de Doisneau.
Enfin, et surtout, les femmes. Sa première muse, Lella, est présente souvente dans la première partie de la rétrospective. Longs cheveux ondulés dans le vent, chemisiers transparents, regard rêveur. A la fenêtre, au bord de l'eau, sur la plage ou sur un port, elle écume la Bretagne sous l'oeil amoureux du photographe. Il y a aussi Sophie, la deuxième épouse, à Collioure (image ultra-célèbre ci dessus) qui scrute l'horizon, en robe à pois et chapeau de paille. Et puis des femmes du bout du monde : celles de Madras notamment, cheveux ébènes coiffés d'une natte, robe blanche, les pieds dans l'eau. On découvre aussi, ici et là, quelques paysages un peu gnan-gnan : un bateau sous le soleil déclinant en Baie de Somme, un voile brumeux qui recouvre l'horizon d'une vaste plage, un oiseau seul dans l'immensité entre mer et sable...

Boubat Photoreporter
Mais l'exposition, dont les photos ont été sélectionnées par Jean-Luc Monterosso et Bernard Boubat, fils d'Edouard, s'appelle "Révélations". La MEP voudrait-elle révéler un autre aspect de l'oeuvre de Boubat ? Car l'homme a aussi joué les photoreporters pour le magazine "Réalités" - auquel une exposition conjointe, passionnante, est d'ailleurs consacrée. Son objectif alors : "Tenter de montrer les travaux et les jours". Et c'est là que sa démarche se fait plus intéressante, moins lisse. Quand l'homme accompagne les travailleurs du bout du monde -paysans du Minho au Portugal, pêcheurs italiens ou portugais, ouvriers sur un chantier, artisans de Paris- ou croque les artistes de son temps, avec plus de vérité, laissant surgir les aspérités, de l'ami Doisneau à Jacques Prévert, de Marguerite Yourcenar à Gaston Bachelard. Quand il croque les artistes de cirque dans les favelas brésiliennes, les enfants sur le bord des routes mexicaines. Quand il se met en scène aussi, avec ou sans sa petite famille, au fil de divers autoportraits. On voit le jeune homme devenir plus mûr, puis vieux, les cheveux se raréfier, les rides se creuser, la mort au bout de la vie. C'est enfin touchant.

Expo Edouard Boubat, "Révélations", à la Maison Européenne de la photographie jusqu'au 30 mars 2008.

Essaouïra, Maroc, 1971 © Edouard Boubat, Rapho

Photos :
- Sophie (détail), Collioure, France 1954 © Edouard Boubat / Rapho
- Lella, France, 1947 © Edouard Boubat / Rapho
- Essaouïra, Maroc, 1971 © Edouard Boubat, Rapho

Nedjma Van Egmond



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