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Après quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker regagne Londres avec une seule idée en tête : se venger de l'infâme Juge Turpin qui le condamna pour lui ravir sa femme et son bébé. Sous le nom de Sweeney Todd et avec l’aide de Mrs Lovett, il met alors sa vengeance à exécution. Un retour de Burton inégal mais à la noirceur flamboyante.
Le retour de Tim Burton à un univers qui a fait son succès et sa réputation a de quoi susciter autant d’angoisse que d’excitation. L’adaptation de Sweeney Todd, musical de Broadway, force en effet l’enthousiasme rien qu’à l’idée d’imaginer Burton se confronter enfin, après ses essais par l’animation (L'Etrange Noël de Mr Jack), à un projet en musique là où toute son œuvre baignait déjà dans une atmosphère non dénuée de lyrisme. Il faut reconnaître que le pari est audacieux et que le film, malgré trop d’inégalités, finit par séduire. La faiblesse tient ici à un malaise, au fait que Burton n’arrive pas toujours à souligner avec la mesure nécessaire les inflexions de son récit. Faiblesse de mise en scène donc, qui aplatit l’intensité émotionnelle de certaines séquences, crée une forme de rétention sur la musique, et ne donne pas aux comédiens l’enveloppe qu’ils méritent et vers laquelle tend pourtant un scénario remarquable.
Mais la déception propre à cette absence de virtuosité qui fait que Sweeney Todd s’avère du point de vue du genre un médiocre musical est largement compensée par les entrelacs lugubres de son atmosphère et la vision qu’il propose. Car jamais le monde de Burton n’a été si sombre, jamais ses obsessions n’ont été à la fois si nettes et si contrastées. Débutant comme un drame lyrique, Sweeney Todd passe soudainement au mélodrame, continue en conte macabre, pour finir en tragédie romantique. Au fil d’une déchéance psychologique et à travers un monde déliquescent, Burton filme la longue dérive contrariée des sentiments et du désir, des personnages aux motivations ambiguës, sur lesquelles l’auteur ne tranche jamais. Au final, Sweeney Todd raconte l’histoire d’un conflit entre les ténèbres et la lumière, le moment où la colère devient une folie entropique, là où l’homme noie le monde dans son désespoir. C’est ici que Burton retrouve les inflexions musicales voulues par son récit, dans cette évolution tonale des genres qui s’enchaînent dans un précipice obscur où s’égarent ses personnages. Le pari du film n’est alors pas complètement tenu dans son esthétique, mais la puissance affective l’emporte, et c’est bien l’essentiel.
Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street
De Tim Burton
Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Sacha Baron Cohen
Sortie en salles le 23 janvier 2008

Illus. © Warner Bros. France