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Petite histoire du cinéma de Hong Kong (8/10)
Moins connue chez nous car difficilement accessible à cause du fossé culturel et de la barrière de la langue, la comédie cantonaise est l’un des genres majeurs du cinéma de Hong Kong. Quelques repères en guise de boussole.
Dans la comédie cantonaise, l’histoire est habituellement un prétexte. On tourne autour d’un thème (la vengeance par exemple), et l’intrigue s’y attache tant bien que mal pour privilégier le numéro des comédiens qui se glissent dans des films aux allures de grand bazar. Dans les années soixante, on trouve ainsi de somptueux mélanges hétérogènes qui s’inspirent de tous les genres possibles comme The Strange Hero Yi-Zhimei (1967) de Wung Fong. A l’origine, le genre a divers horizons, autant des classiques chinois que des traductions d’œuvres occidentales (Molière, Bernard Shaw) ou encore le cinéma hollywoodien, jusqu’à des remakes (A Lucky Fellow de Chu Kei inspiré de Certains l'aiment chaud de Billy Wilder). Même encore aujourd’hui, HK continue de voler des idées aux Américains (Lawyer Lawyer inspiré de Menteur, menteur). Quoiqu’il en soit, la comédie cantonaise est généralement moraliste, le public aime voir les malhonnêtes punis, encore mieux s’ils sont cupides et avares. Que l’intrigue repose sur les différences (Love on Delivery, 1994), les disparités sociales (The Grand Party, 1959), l’esprit collectif (The House of 72 Tenants de Chu Yuan), les conflits d’intérêt amoureux (Lung Fung Restaurant, 1990), les échanges d’identité (The Market Queen, 1965), l’inversion des rôles sexuels (Nocturnal Dreams of Love, 1956), on retient généralement une leçon des choses. Plus récemment le ton a changé. Si on trouve encore de pures comédies (The Mummy Aged 19), beaucoup d’œuvres préfèrent désormais la comédie romantique (Just One Look, Diva Ah Hey), délaissant la morale pour les seuls gags ou les sentiments.
Les films sont trop nombreux pour faire une liste exhaustive. Cependant, on peut retenir quelques films des deux stars de la comédie cantonaise : Michael Hui, qui depuis les années 1970 fait hurler de rire les hongkongais, et Stephen Chow, qui depuis les années 1990 est le comique en chef. Réalisateur des Mr Boo (six épisodes entre 1975 et 1984), Hui, souvent accompagné de ses deux frères, est chez lui une vedette. On le connaît peu, mais il est aussi populaire qu’un Jackie Chan à Hong Kong. Dans les années 1970, ses films remettent l’industrie hongkongaise sur les rails face aux Américains. Concrètement, ses Mr Boo ressemblent à une série vignettes, des gags mis bout à bout dans un contexte d’époque avec un esprit hérité du burlesque. Ce n’est pas très fin et ça rappelle au mieux parfois Chaplin, Keaton ou Laurel et Hardy. Si sa filmographie est considérable, on ne connaît de lui en France que Prise de bec à Hong Kong (1988) de Clifton Ko, étrangement diffusé sur Arte au milieu des années 1990. La scène des saucisses nunchaku est restée dans les mémoires. Désormais, Michael Hui se contente essentiellement de jouer après avoir disparu des écrans pendant 7 ans entre Chinese box (1997) et Naughty Man (2004). On l’a vu notamment dans Fantasia (2004), une comédie de Wai Kai Fai tentant de retrouver justement l’esprit déjanté de ses anciens films.
Stephen Chow a repris le flambeau laissé par Michael Hui. C’est désormais Le comique hongkongais, ses films caracolant au box-office sans sourciller face aux mastodontes américains ou coréens. Acteur depuis les années 1980, il a joué dans une soixantaine de films ou séries télé. Si on le croise chez John Woo dans Just Heroes (1989), il s’impose vite dans la comédie. On lui doit de grands moments de gambling comedy (comédie autour du jeu) tels God of Gamblers 2 & 3 (1990/1991) de Wong Jing. Parmi ses meilleurs films, on notera également Fight Back to School 1 & 2 (1991/1992) de Gordon Chan, Fist of Fury 91 1 & 2 de Choh Chung-Sing où il parodie déjà Bruce Lee en mélangeant la comédie au Kung-fu (un genre qu’il doit à Liu Chia Liang et ses kung-fu comédies : Mad Monkey Kung-fu, Lady Kung-fu), ou encore Le roi singe (1995) de Jeff Lau, un spécialiste de la parodie. Chow passe à la réalisation en 1994 et rencontre un succès instantané avec Bon baisers de Pékin, un fabuleux pastiche de James Bond. Suivent God of Cookery (1996) ou King of Comedy (1999), ses plus beaux films, où les enjeux narratifs se font plus étoffés par une perspective dramatique mieux construite, et puis c’est la consécration internationale avec Shaolin Soccer (2001), suivi de Crazy kung fu (2004), co-produit par les USA.
Enfin, notons que la comédie n’est pas réservée aux stars du genre. La plupart des acteurs connus du cinéma hongkongais des dernières décennies sont aussi passés par là, ponctuellement pour certains, régulièrement pour d’autres. Tony Leung a fait le pitre chez Jeff Lau dans Chinese Odissey 2002 (2002) et surtout Eagle Shooting Heroes (1993), une énorme et hilarante parodie des Cendres du temps produite par Wong Kar Wai où l’on retrouve l’intégralité du casting original. Andy Lau, si grave dans Infernal affairs, a joué dans les comédies du nouvel an de Johnnie To, Needing You (2001), Love on a Diet (2001), Fat Choi Spirit (2002), ou encore le génial et polymorphique Running on Karma (2003). La si sérieuse Maggie Cheung, qui avant d’être primée à Cannes chez Assayas pour Clean, a commencé comme jolie sidekick (un peu idiote) de Jackie Chan dans la série des Police Story ou Le Marin des mers de Chine 2 (1987). Ou encore, le prolifique Eric Tsang, avec notamment les Men Suddenly in Black 1 et 2 d’Edmong Pang et Zhong Qing ou Golden Chicken 1 et 2 de Samson Chiu et Peter Chan. Malgré la santé relative du cinéma hongkongais, la comédie reste l’un de ses genres les plus rentables.

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