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Les arts martiaux

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Les arts martiaux


Petite histoire du cinéma de Hong Kong (6/10)

Pas de genre plus célèbre que celui des arts martiaux, c’est presque le cliché du cinéma de Hong Kong. Pourtant, loin du folklore, c’est l’un de ses aspects les plus riches où se croisent ses premiers maîtres.

Les films d’arts martiaux sont le genre probablement le plus populaire du cinéma hongkongais. Bourrés de figures chevaleresques et d’épéistes héroïques, les personnages y sont souvent rattachés à la cause d’un peuple innocent et bafoué qu’ils défendent non pour un idéal (politique) mais pour le bien commun et lutter contre l’injustice. A l’origine, le cinéma s’est beaucoup inspiré d’une littérature puisant ses sources jusqu’au IVème siècle avant JC, probable origine du wu-xia (chevaleresque), et surtout des romans publiés après la première guerre mondiale puis de ceux apparu à partir de 1955 à Hong Kong et Taiwan. Son histoire, des romans comme de leurs adaptations, est donc riche culturellement et a de nombreuses entrées.

Le genre au cinéma remonte aux films chinois des années 1920. La première production hongkongaise à utiliser des chorégraphies étant The Adventures of Fong Say Yuk (1938). Grâce aux émigrés, le genre ne cesse de se développer pendant l’entre-deux guerres et continue depuis. Dans les années 1950 et au début des années 1960 on privilégie souvent la magie, les personnages volent dans les airs, les épées s’enflamment, leurs mains lancent des éclairs (la série Buddha’s Palm). En même temps, apparaît sous l’impulsion du réalisateur Wu Pang (las de ces combats irréalistes), un nouveau héros qui lance la première vogue de ce qui est alors l’ancêtre du cinéma kung-fu, qu’on préfère encore appeler wu-xia pian. Ce héros, Wong Fei Hung, devient vite une figure populaire qu’on retrouve dans plus d’une centaine de films sur près de quarante années, jusqu’à Tsui Hark qui le ressuscite en 1991 avec la série des Il était une fois en Chine (six épisodes).

Sous l’influence du cinéma japonais, les années 1960 voient naître une nouvelle vague du wu-xia pian qui privilégie des combats à l’épée plus réalistes ainsi que des intrigues et des personnages plus étoffés. Si la figure classique du genre fait alors la part belle aux femmes, un film de King Hu (Come Drink With Me, 1966) change le ton, désormais l’héroïne affronte également des hommes. Les films se font donc plus complexes, moins manichéens, les personnages évoluant au sein d’un parcours où le dévouement à la justice ne se fait pas sans subir une certaine souffrance physique. Chang Cheh bouleverse alors davantage ce paysage traditionnel : il préfère les acteurs aux actrices (jusqu’à les négliger complètement) et filme des combats aux limites du baroque où la stylisation de la violence hésite entre les ralentis de Peckinpah et le sadomasochisme des Japonais. En quelques films, comme la trilogie des One Armed Swordman (La Rage du tigre), inspirée des Zatoichi, il impose son style. De même, King Hu poursuit plus radicalement ses obsessions artistiques avec Touch of Zen, qui renvoie à la calligraphie. Et bientôt Chu Yuan revisite à son tour le film de sabre au milieu des années 1970 en le revitalisant par une esthétique sophistiquée qui donne parmi les meilleurs films de l’époque (The Magic Blade, Killer Clans, Death Duel).

Avant la sortie de Big Boss de Lo Wei, Chang Cheh instigue un nouveau genre avec Vengeance (1970) : le film de Kung-fu. Suivi par Jimmy Wang Yu avec La Vengeance du tigre, les combats à mains nues deviennent à la mode lorsque la Golden Harvest sort La Fureur de Vaincre (1972), qui propulse en orbite et pour l’éternité Bruce Lee comme les films de Kung-fu. Hong Kong devient la capitale du genre, les films partant alors aux quatre coins du monde avec la figure du petit dragon ravivant le cœur des classes populaires. Bruce Lee devient instantanément un symbole dont le narcissisme séduit et rassure ceux pouvant se projeter en lui grâce à une mise en condition physique ouverte à tous. Après sa mort, Hong Kong tentera de faire désespérément vivre le mythe à coup de clones invraisemblables. Heureusement, quelques auteurs n’ont pas besoin de lui pour faire exister parmi les plus beaux films de Kung-fu de l’époque. On pense à Liu Chia Liang qui, avec ses films autour de Shaolin (La 36e Chambre de Shaolin, Retour à la 36ème chambre…), a développé avec rigueur de pures représentations philosophiques des arts martiaux, tout en imposant son acteur Gordon Liu, qu’on retrouvera dans Kill Bill. De plus, avec les années 1970 arrive un successeur de Bruce Lee. Il n’a pas la même carrure, la même aura et ses talents sont différents : Jackie Chan. Avec Drunken Master (1978) de Yuen Woo Ping (futur chorégraphe star des Matrix), l’acteur prouve ses capacités physiques sidérantes en plus d’un certain talent comique qui rappelle le cartoon et le burlesque des muets américains.

Au début des années 1980, pendant que Jackie Chan se tourne avec Sammo Hung vers un cinéma d’action et d’aventure truffé de cascades surhumaines (Le Marin des mers de Chine, Police Story, Mister Dynamite, etc), un jeune acteur martial impressionne dans Shaolin Temple (1982) : Jet Li. La future star d’Il était une fois en Chine mélange extrême agilité et vitesse, maîtrise et précision, avec un visage d’enfant inoffensif auquel il doit son charisme. Pendant que Jackie fait le pitre, Jet Li prend les rênes du Kung-fu à l’écran dans son approche plus traditionnelle. Toutefois, il n’est pas seul. Avant que John Woo applique les codes du wu-xi pian au polar dans Le Syndicat du crime (1986), Patrick Tam signe un beau film, presque testamentaire, The Sword (1980), d’une intensité aussi plastique que tragique. Idem en puissance, l’immense chorégraphe Chiu Siu Tung passe à la réalisation avec Duel to the Death (1983). Sa fascination pour l’apesanteur atteignant un summum d’élégance et d’inventivité dans le célèbre Histoires de fantômes chinois (1987), qui n’est pas sans rappeler ce goût pour le surnaturel datant des années 1950. Le film aura deux suites.

A cette époque, Tsui Hark relance le wu-xia pian de son enfance. Avec Zu, Warriors of the Magic Mountain (1983), il pose d’emblée ses ambitions en amenant d’Hollywood des spécialistes en effets spéciaux. Le résultat est proche de l’abstraction, le film repoussant sans cesse les limites des jeux d’intensité : cadres, mouvements, couleurs, montage, tout semble vouloir dépasser et faire exploser le formalisme de King Hu dont Tsui est un admirateur. La suite qu’il réalise en 2001, La Légende de Zu, est son pendant numérique, sauf qu’elle pousse encore plus loin la déconstruction, tout y devient magma et fluide, images composites et défaites. Esthétiquement, le film est unique. Parallèlement, Tsui Hark produit ou réalise d’autres wu-xia : Swordman (1990) qu’il veut confier à King Hu et dont la réalisation sera un fiasco, Green Snake (1993) où Maggie Cheung fait une danse du ventre à faire bander un mort, ou encore Iron Monkey (1993) confié à Yuen Woo Ping et où Donnie Yen est l’acteur le plus rapide de tous les temps. Il revisite enfin la figure du sabreur manchot dans un film exsangue et radical aux images décharnées et obsédantes : The Blade (1995). Pendant ce temps, Wong Kar Wai donne sa vision du genre avec Les cendres du temps (1994), peut-être son plus beau film.

Depuis une dizaine d’années, le wu-xia a tenté de se renouveler timidement avec le numérique (les beaux films de Zhang Yimou comme Hero), avec davantage d’échecs que de réussites. Même la tentative de Tsui Hark, avec l’inégal mais ambitieux Seven Swords (2005), ou les prouesses de Donnie Yen chez Wilson Yip (Dragon Tiger Gate) semblent dire que le genre disparaît. Plus personne n’est là, des acteurs aux réalisateurs pour le faire exister ; il est cliniquement mort, sauf parfois à la télévision, mais pour rire. A moins qu’il ne ressuscite.

Jérôme Dittmar

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