Après des décennies de cinéma en studio, Hong Kong se libère, part dans la rue, les films se radicalisent, goûtent au néo-réalisme par le polar. C’est un peu la Nouvelle Vague, et surtout une époque faste pour des cinéastes qui resteront. Ce sont les années 1980.

Avec les années 1980 arrive une nouvelle génération de cinéastes qu’on a parfois appelée Nouvelle Vague. Certains viennent du cinéma, comme John Woo qui avant de tourner Le Syndicat du crime (1986) a déjà 18 films au compteur. D’autres de la télévision, comme Tsui Hark, qui après avoir étudié le cinéma aux USA et fait ses armes au petit écran tourne son premier film en 1979, Butterfly Murders, où, faute de moyens, il fait déjà preuve d’une ingéniosité où se distinguent les prémisses de ses révolutions formelles à venir (vitesse, géométrie). Tsui Hark encore qui crée en 1984 sa compagnie, la Film Workshop, dans l’espoir de relancer le cinéma commercial hongkongais alors que la Shaw Brothers sombre. Bingo : même si la Golden Harvest règne déjà, la Film Workshop devient pendant plus d’une dizaine d’années une usine à tubes où se croisent parmi les plus grandes stars du cinéma hongkongais de l’époque : John Woo bien sûr (The Killer, 1989), mais aussi Kirk Wong (Gunmen, 1988), Histoires de fantômes chinois, 1987), Yuen Woo Ping (chorégraphe de Matrix). Ou encore Johnnie To, qui plus tard dans les années 1990 crée la Milkyway Image, où il signe ses chefs d’œuvre (The Mission, PTU), et produit quelques joyaux tels que The Longest Nite (1998) de Patrick Yau.

Des années quatre-vingt jusqu’au rattachement de Hong Kong à la Chine en 1997, la production locale connaît une vitalité incroyable dopée par le fait qu’elle se mesure à Hollywood dans l’idée de la dépasser. Tsui Hark relance alors le wu-xia pian avec des films comme Zu Warriors of the Magic Mountain (1983), plus tard le Kung-Fu avec Il était une fois en Chine (1991), puis contribue aussi à populariser le polar et le film d’action qui deviennent les genres majeurs et populaires de l’époque. Ainsi, John Woo, produit par Tsui Hark et élève de Chang Cheh, devient avec Le Syndicat du crime le détonateur d’une longue série de films qui, tout en mélangeant les genres (les flingues remplacent les sabres, le costard les tuniques d’époque), pose un regard plus réaliste sur la ville et son actualité. D’autres cinéastes comme Ringo Lam font alors leur apparition avec des films encore plus naturalistes tels que City on Fire (1987) avec Chow Yun Fat. Plus tard viendra Andrew Lau, auteur de la célèbre trilogie Infernal affairs (2002-2003) a qui l’on doit aussi Stormriders (1998), un wu-xia numérique révolutionnaire qui poussera Tsui Hark à répondre par son invraisemblable suite de Zu : La Légende de Zu (2001).

Cette époque est aussi celle de Jackie Chan, qui le premier après Bruce Lee réussit à s’imposer en Occident en mélangeant son enseignement de l’opéra de Pékin aux genres importés d’Amérique. Ainsi, virtuose des arts martiaux (dont sa maîtrise explosait dans le mythique Drunken Master, 1978), héritier de Buster Keaton et Gene Kelly, il sidère le monde entier avec ses cascades impossibles et ses films d’aventure qui s’en vont butiner sans hésiter du côté d’Indiana Jones et James Bond dans Opération Condor (1991) ou Mister Dynamite (1987). Sans oublier qu’à l’action Jackie Chan n’a jamais plié sur la comédie (un genre ultra populaire à Hong Kong), ses plus grands succès tels que Police Story (1985) ayant fait de lui l’un des plus grands bouffons du cinéma hongkongais. Un acteur génial dont les postures empruntées aux génies du muet américain prennent chez lui une dimension inédite par sa façon de se mouvoir dans l’espace et d’interagir avec les objets et de les détourner pour le combat.

Jérôme Dittmar




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