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Tous les lundis à partir du 14 janvier à 20h50
Des golden boys braillent et s'agitent dans le chaos organisé des échanges boursiers. Nous ne sommes pas à la bourse de New York mais au coeur du Palais Brongniart, ancien siège de la bourse de Paris et décor de fond de Scalp, qui avance dans cet univers totalement inexploré et d'autant plus fascinant. Après l'époustouflant La Commune, Canal Plus continue d'introduire des valeurs prometteuses sur le marché jusqu'ici déprimé de la fiction française.
Scalp : en langage boursier, action illégale qui consiste à intercepter un ordre d'achat ou de vente sur un marché avant qu'il ne parvienne à son destinataire.
Eté 1990. Pierre, Raphaël et Jules sont golden boys et vieux amis. Pierre, le plus flambeur, est en très mauvaise posture financière et bien sûr, sa femme Alex ignore tout de leur situation. Fin juillet, l'Irak envahit le Koweït, les cours s'effondrent et Pierre y laisse sa chemise - puis la vie, laissant des dettes monumentales à Alex qui n'a d'autre choix que de rentrer au Palais Brongniart, grimper les échelons et regagner cet argent.
Un univers hallucinant
Une série sur des goldens boys, c'est une idée totalement inédite et qui est pourtant pleine de promesses. La bourse est un univers propice à l'action, au rythme, aux trahisons et aux rebondissements, toutes choses fort utiles pour construire une fiction addictive au long cours. Et addictive, Scalp l'est sans conteste et laisse le téléspectateur épuisé à chaque fin d'épisode. Co-écrite, réalisée et co-produite par Xavier Durringer, homme de théâtre, réalisateur pour la télé et le cinéma (J'irai au paradis car l'enfer est ici), sur une idée de Bruno Petit, ancien golden boy, elle s'est donnée les moyens du réalisme. La centaine de figurants sur le pit, cette arène où s'échange tant d'argent virtuel, a été formée durant des semaines aux cris et aux gestes des golden boys, qui pratiquent un vrai langage des signes. L'effet est parfait et rend ce monde aussi hallucinant qu'il doit être : un vaste chaos, une fourmilière à laquelle on ne comprend rien et au sein de laquelle des types frôlent en permanence la crise cardiaque.
Mais à mesure qu'on avance dans l'intrigue, le chaos s'organise et le fonctionnement du pit se fait plus clair. D'un point de vue narratif, Scalp est très bien construite, les auteurs n'ayant (pour une fois) pas eu peur de laisser le téléspectateur un moment dans le noir et de l'amener à comprendre pas à pas. Pas de décor posé avec des gros sabots et de contexte surexpliqué, il faudra patienter pour tout saisir. Et finir enfin par comprendre quelque chose à la Bourse.
Coke, poker et géopolitique
Ici, pas de gentil flic ou de bon docteur ni de méchant très méchant, mais des hommes et des femmes complexes qui gagnent toujours en épaisseur. Les personnages évoluent dans ce monde boosté à l'adrénaline, qu'ils prolongent d'ailleurs dans ce qui est apparemment le quotidien type d'un golden boy : coke, poker et boites de nuit. Ils sont campés par des acteurs impeccables confrontés à des situations et des émotions vastes, entre euphorie, désespoir profond, beuverie et gueule de bois. Les années 1990 vues à travers cette série semblent d'ailleurs des années folles, des années de frics et d'excès décomplexés.
Mais dans Scalp, il ne s'agit pas que de ce quotidien trépidant et vain. Outre la description minutieuse de cet univers fascinant et les intrigues personnelles entre les personnages, l'ambition des auteurs était également d'évoquer un contexte plus large, la géopolitique du début des années 1990, forcément très présente car directement liée aux échanges financiers. Secrets d'alcôves, évolution du conflit dans le Golfe et répercussions en Europe et dans le monde... tout les faits évoqués sont documentés, pure réalité. On se retrouve finalement avec une série d'époque, une époque pas si lointaine et présentant pourtant déjà mille différences : les voitures, les fringues, les téléphones et la musique. La bande originale est fabuleuse et constitue un genre de best of des années 1990 qui nous fait plonger avec d'autant plus de facilité dans l'univers splendide et décadent de Scalp.

Illus. CANAL+ ; CreditsPhoto Christophe Lebedinsky
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