Expo "Histoires de Modes" au musée des Arts décoratifs de Paris
Cela fait vingt ans que le génie de Christian Lacroix sévit sur les podiums. Vingt ans qu'il révolutionne à chaque nouvelle collection, les esprits cousus mains de la Haute Couture. A cette occasion, le créateur est invité par le musée des Arts décoratifs a nous donné sa propre vision de l'histoire de la mode, du XVIIIe à aujourd'hui. Cette première exposition monographique dévoile 80 pièces du couturier, comme autant de chefs œuvres d'audace et de poésie.
Il a fallu un certain nombre d'heures au couturier pour observer scrupuleusement les vêtements et les accessoires de la collection de mode et textile des Arts Décoratifs. Avec passion et minutie, Christian Lacroix s'est attardé sur les techniques, les coupes, les matières et les motifs de chaque pièce, avant d'arrêter son choix. Il livre une version de l'histoire de la mode subjective, et qui de se fait, dialogue pertinemment avec ses propres créations. On peut saluer cette approche de l'histoire non linéaire et qui est en plus éclairante sur plein d'aspects : comment le passé est venu nourrir les créateurs du XXe siècle, et comment de la même manière – c'est surtout flagrant pour Lacroix -, ces mêmes créateurs ont su se défaire de la convention et de la dictature du bon goût sanctifiées par le fil des années. Rares sont les expositions où l’on ose un tel parti pris, qui ne fasse pas du passé une chose morte et lointaine, et qui ne cherche pas à archiver et à classer selon une chronologie. Ainsi, on peut voir comment à un moment Christian Lacroix - qui proposait jusque là une féminité au-delà des courbes du corps - renoue avec les tailles extrêmement dessinées des corsets du début du XXe siècle.

Frustrante scénographie
L’exposition est développée par thèmes, comme autant de chapitres. Des thèmes formels et objectifs comme le blanc, la couleur et le noir, en passant par les motifs, les rayures, les pois et les fleurs, on s’enfonce progressivement dans l’imaginaire de Lacroix avec des thèmes qui lui sont propres : liturgie, historicisme, graphisme, hispanisme… A l’image du couturier qui ne fait jamais les choses à moitié, ce sont 400 vêtements qui sont mis sous verre ! L’exposition reprend toujours la même configuration : au premier plan trônent des créations de Lacroix, tandis que la collection du musée est derrière, accrochée sur des portants.
Jupes, robes, vestes, redingotes s’agglutinent sur ces portants sans être quasiment mis en valeur. Ils forment ainsi une sorte de décor aux vêtements du créateur. Cette collection qui se compose d’une multitude de très belles pièces, mériterait quelques centimètres carrés d’espace en plus. A quoi bon passer des semaines à dénicher ces merveilles, si c’est pour leur donner une visibilité aussi réduite ?
Un couturier hors cadre, hors pair
Néanmoins, les 80 pièces Haute-Couture de Christian Lacroix suffisent amplement à rassasier notre appétit féroce en matière de mode. D’abord, car c’est l’un des créateurs les plus important de cette dernière décennie. Ensuite, parce qu’il fait de très belles choses et qu’il les fait simplement, sans les fioritures qui sont propres à la mode. Et enfin, parce que ses créations ne manquent jamais d’audace. Très tôt il s’est dégagé des codes de conduite et du bon goût, pour explorer des terres nouvelles : il mélange les motifs et superpose les pois et les rayures – voir le chapitre « mixage » de l’exposition : il s’autorise des mariages de couleurs que les bien-pensants bannissaient jusque là – on pense au duo marron / vert, par exemple. Il utilise aussi des matériaux modestes et urbains, qu’on ne voit habituellement pas sur les podiums comme cette redingote en patchwork de parkas et de blousons qui fait la couverture du catalogue de l’exposition.
A force de vouloir prendre ces distances avec le bon goût, on finit par y arriver : tous les vêtements ne sont pas aussi beaux et ingénieux les uns que les autres mais une pièce, en particulier, mérite à elle seule un détour par le musée des Arts Déco. Dans le chapitre « Liturgie », la « robe de mariée à bustier, basque et jupe », sortie tout droit de la collection Haute Couture de 2002-2003 est une véritable œuvre d’art. Outre la magnificence et la finesse de cette réalisation, c’est l’imaginaire religieux et tauromachique du créateur qui est fascinant, ses couleurs, ses excès, sa poésie… Autant de caractéristiques qui soulignent l’humanité de ce créateur de génie.
Christian Lacroix : Histoires de mode
Jusqu'au 20 avril au musée des arts décoratifs, à Paris

Illustration :
- Sacrée relique. Christian Lacroix
Robe de mariée à bustier, basque et jupe.
Haute Couture 2002/03. © Grégoire Alexandre
- Toile d'arignée. Manteau « cage » Elsa Schiaparelli, été 1937, Les Arts Décoratifs, musée de la Mode et du
Textile. © Grégoire Alexandre
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