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Gone Baby Gone

Critique

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L’embarras du choix

Nouvelle adaptation d’un roman de Dennis Lehane, Gone Baby Gone marque les débuts à la réalisation de Ben Affleck. Sous un air de Mystic River, le film pose de belles questions, mais peine à nous envoûter pleinement.

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Sans même avoir lu un seul roman de Lehane, l’ambiance qui réunit Mystic River et Gone Baby Gone suffit à pointer la cohérence de l’œuvre écrite. Même façon de situer le drame dans un quartier précis (de Boston ici), dont les familles se connaissent et où une histoire commune se dessine, même approche irrémédiable du crime, même crise à retardement des consciences. Une vision à la fois sombre et humaniste, ancrée dans un quotidien d’une classique middle-class. Le lac a remplacé la rivière, mais la transmission de la culpabilité demeure. Encore une fois, une petite fille est au cœur du drame. Dans Gone Baby Gone, il s’agit d’une enfant enlevée, dont les parents, pas convaincus par les efforts de la police, engagent un jeune détective privé ayant grandi dans le quartier. Patrick (Casey Affleck) et son amie Angie travaillent en tandem, mais sont plutôt habitués à rechercher des fugueurs, et n’inspirent que du mépris à la police, en particulier au détective Bressant (Ed Harris).

Classicisme et sobriété

Encore une fois, les premiers suspects et les évidences se révèlent rapidement trompeurs, et Patrick sent progressivement la vérité se dérober alors que l’affaire semble se clore. Outre la trame narrative, la comparaison avec Mystic River est particulièrement difficile à éviter tant Ben Affleck se réfère par sa mise en scène à un classicisme et une sobriété chers au grand Clint. Les intentions et l’ambition du jeune réalisateur, plongeant avec rigueur dans ce climat noir et déliquescent, sont ainsi des plus nobles. Aucun effet de style tape à l’œil, aucun « truc » de scénario, tout participe d’une retenue qui prend le temps de la réflexion et du questionnement, et accompagne le parcours de son personnage vers la solitude et le retrait du monde. Pour autant, le film ne parvient jamais vraiment à créer ce trouble et ce malaise ambiants que le récit appelle. La faute sans doute à un casting imparfait, avec toujours ces rôles féminins peu convaincants (Michelle Monaghan dans le rôle d’Angie) ou dans l’hystérie fatigante (Amy Ryan, la mère de la petite fille).

Mais on ressent surtout le manque d’un style personnel et des prises de risque qui auraient pu donner au film une autre dimension. Ben Affleck, peut-être intimidé par la profondeur de son récit, reste souvent attaché à une forme minimale, aucune scène ne venant vraiment se détacher ou déclencher d’étincelle. Seul Casey Affleck, et le duo ami-ennemi qu’il forme avec Ed Harris, parviennent à mettre en branle cette lourde machinerie. Après sa performance mémorable dans Jesse James, le « frère de » semble sur le point d’inverser les rôles, tant sa présence à l’écran produit une énergie et un trouble qui suffisent à faire tenir certaines scènes plutôt bancales. Avec cette voix nasillarde, sa nonchalance et la force de son regard, il incarne un parfait pion qui prend un jour conscience de sa situation et se donne les moyens de la changer. Un parfait « super héros » du quotidien, soit un homme qui s’interroge et qui s’engage. La plus belle réussite de Gone Baby Gone , c’est lui.

Gone Baby Gone
De Ben Affleck
Avec Casey Affleck, Ed Harris, Michelle Monaghan, Amy Ryan
Sortie en salles le 26 novembre 2007

Illus. © Buena Vista International

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Laurence Reymond