La danse urbaine a longtemps préféré l’anonymat des trottoirs, la chaleur des bandes et parfois la clandestinité aux spotlights. Vingt ans après l'arrivée des premières compagnies, le genre a désormais acquis ses galons de respectabilité. Suresnes Cités Danse, festival qui accueille aussi bien les spectateurs de danse contemporaine que les aficionados de hip hop nous donne l'occasion de faire le point.
L’hexagone, une fois de plus, se distingue par son exception culturelle en la matière. Alors que le modèle américain, dont sont parties les premières expériences de chorégraphie sur bitume, est exclusivement tourné vers le business, la France s’impose dans le mélange des genres. Et, en la matière, la danse contemporaine n’est pas en reste.
Dans le rétro
Il n’est que de regarder le programme des premières éditions de Suresnes Cités Danse (qui en est à sa seizième). Si l’on regarda d’un air suspicieux les pionniers qui osèrent ou voulurent s’y frotter, rares sont aujourd’hui les groupes de hip hop pur et dur ou les chorégraphes établis dans les circuits contemporains qui considéreraient comme une trahison ou une déchéance le fait d’explorer le territoire des autres.
Christian Tamet, alors au CND (Centre National de la Danse) avait marqué le pas, d’autres le suivirent. Toujours attentif, Olivier Meyer, à la tête du théâtre de Suresnes, ville légo composée de cités jardins et forte d’une immigration historique, lançait dès 1993 son premier festival. Les rencontres urbaines de la Villette datent de 1999 … Dix ans après la mise en place du dispositif ministériel, Banlieues 89, grâce auquel enfin, on commençait à considérer l’expression de ceux qui y vivent comme des germes artistiques et non seulement des sources de tracas.
Pas de communautarisme
Aujourd’hui, les arts urbains ont les honneurs du Grand Palais et si d’aucuns crient à la récupération, d’autres ont su profiter des moyens mis à leur disposition pour évoluer au sein de leur art. La rencontre avec l’univers de créateurs divers, chorégraphes ou autres, fait partie de ces moyens, et le théâtre de Suresnes n’est pas le dernier en la matière, oeuvrant à sa façon au décloisonnement nécessaire à toute vie en société. Foin des communautarismes donc !
Les organisateurs peuvent, il est vrai, annoncer aujourd’hui avec fierté qu’aussi bien les spectateurs de danse contemporaine que les aficionados de hip hop et autres street dances se mélangent dans les salles du festival. La mixité n’est donc pas uniquement sur scène, mais aussi du côté du public. Cela, Suresnes l’a merveilleusement compris et réussi. Pour espérer dialoguer un jour, il faut d’abord apprendre à se connaître, et pour cela se rencontrer, en terrain neutre de préférence. Le théâtre de Suresnes a su, à sa manière, faire tomber les barrières d’une image de culture trop sélective et accueille, lors de la manifestation, autant de casquettes que de catogans.
L’édition 2008
Au programme de cette seizième édition : des groupes historiques (Accrorap, Käfig) ; des rencontres improbables, comme celle de la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot avec un trio hip hop ; des coups de cœur, celui de Régis Obadia pour une création ébauchée cette année avec des hommes, reprise cette fois avec une danseuse d’origine russe : théâtralité et sensualité garanties.
Egalement une nième version de Roméos et Juliette, Shakespeare en a vu d’autres, dont on espère qu’elle ne sera pas la fausse bonne idée du festival. Toutes les craintes sont permises, non pas qu’un metteur en scène de théâtre traditionnel et un compositeur contemporain ne soient pas à même de se couler en souplesse dans l’exercice, mais c’est en termes de dramaturgie que les limites peuvent s’avérer rapidement contraignantes. West Side Story version hip hop ?
Du 12 janvier au 6 février prochains, dix programmes seront proposés, dont six créations. Sur les soixante danseurs rassemblés, près de la moitié auront été sélectionnés sur audition de proximité. Un bel exemple d’intégration réussie : impossible de faire autrement, pour survivre et évoluer, la danse contemporaine a dû se mettre à l’écoute des banlieues ; et sans doute aussi un peu l’inverse.
Suresnes Cités Danse,
Du 12 janvier au 6 février (www)

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