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Petite histoire du cinéma de Hong Kong (2/10)
Comme ailleurs, le cinéma de Hong Kong débute avec le XXe siècle. De ses studios à l’émergence de ses genres et de ses premiers cinéastes ou producteurs, un bref panorama des débuts pour mieux se situer.
A cette époque, le cinéma de Hong Kong prend son envol. Son succès doit alors beaucoup à la richesse de sa production et à ses nombreux films de divertissement tournés en cantonais et autres dialectes du sud de la Chine. En 1937, on dénombre jusqu’à 80 films produits par des compagnies locales ou des filiales de Shanghai comme la Lianhua et la Tianyi. Cette dernière qui à partir de 1950 devient Shaw and Sons, puis plus tard la mythique Shaw Brothers. Si dès les années trente on rencontre déjà ce qui sera la quasi hiérarchisation du cinéma hongkongais, à savoir le film de genre (film de sabre, ou wu-xia pian, comme entre autres Red Butterfly, the Heroine (1939), film de Kung-Fu comme The Adventures of Fong Say-Yuk (1938), ou encore la comédie avec Street Angel de 1937), on constate aussi qu’à partir de 1936 plusieurs films n’ont pas hésité à prendre une tournure plus engagée et manifestement politique. Ce qui se révèlera exceptionnel dans les décennies qui suivirent, ou au moins rarement de manière si explicite.
En effet, renforcé par l’arrivée de cinéastes célèbres venus de Shanghai, le cinéma de Hong Kong à, dès 1937, produit une série d’œuvres tentant de mobiliser l’opinion public contre l’agression japonaise, notamment L’heure est grave, un film collectif des grands studios de la colonie. L’arrivée des émigrants n’ayant aussi cessé de renforcer un certain esprit de résistance et de patriotisme (on compte alors près de 66 films du genre), entre autres grâce aux films de Situ Huimin : Le sang éclabousse la ville de Baoshan (1938), La marche des partisans (1938) ou Le pays natal dans les nuages (1940). Après l’occupation japonaise et la guerre, l’industrie cinématographique redémarre sans attendre, largement menée par l’arrivée de nombreux cinéastes de Shanghai qui fondent deux importantes compagnies spécialisées dans la production de film en mandarin : la Da Zhonghua et la Yonghua. Pour beaucoup célèbres durant les années trente, ses réalisateurs comme Zhu Shilin (The Dividing Wall, 1952), Yue Feng (Three Women, 1947) ou Cheng Bugao (Virtue in the Dust, 1949), signèrent alors ce que les historiens du cinéma considèrent comme des chefs d’œuvre - ce dont on a du mal aujourd’hui à juger vu l’indisponibilité des films.
Avant que Hong Kong reprenne goût à son cinéma du divertissement qui le définit bien plus que celui d’Hollywood, on remarque que jusque dans les années cinquante subsistent quelques traces d’un cinéma engagé et plus ouvertement à gauche. Notamment grâce aux films de la compagnie Great Wall, fondée en 1949 par Zhang Shankun. Et puis, les temps changent : dans les années cinquante l’opéra cantonais explose (un genre unique au monde, l’Occident n’ayant jamais été séduit par l’idée de filmer ses opéras), la comédie fait son grand retour à renfort de succès alors qu’elle avait disparu à la fin des années trente, le mélodrame cantonais vit son âge d’or, le musical fait son apparition, et surtout, au tournant des années soixante, la Shaw Brothers chamboule la production locale en installant ses studios à Clearwater Bay. Elle supplante vite toutes les autres compagnies tandis que les films devenant de plus en plus ouvertement commerciaux font défiler les genres comme des modes. La Shaw Brothers réinstalle et rénove alors le wu-xia pian en faisant passer des héros au premier plan là où avant il n’y avait que des héroïnes.
Puis la Golden Harvest arrive, elle signe rapidement Bruce Lee qui fait son apparition en 1971 avec Big Boss, son succès mondial engendrant une immense vague de films de Kung-Fu (déjà en partie popularisée par Chang Cheh) qui relègue au second plan le film de sabre. Des cinéastes déjà célèbres ou en voie de le devenir passent alors ou pas d’un univers à l’autre : King Hu (Touch of Zen, 1971), Chang Cheh (Vengeance, 1970), Chu Yuan (The Magic Blade, 1976), Liu Chia Liang (La 36e Chambre de Shaolin, 1978). C’est toute l’industrie de l’époque qui vit au gré de ses modes, ses genres, ses nouvelles stars : David Chiang, Ti Leung, Gordon Liu, Cheng Pei Pei, Jimmy Wang Yu, et bientôt Jackie Chan et son compère Sammo Hung ainsi que Michael Hui, le nouveau bouffon qui fera hurler de rire les hongkongais pendant dix ans tout en relançant l’économie du cinéma locale.

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