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Petite histoire du cinéma de Hong Kong (1/10)
On ne peut parler du cinéma de Hong Kong sans expliquer comment il est né dans le regard des spectateurs et par la critique qui l’a fait exister. Avant de rentrer dans le vif du sujet, petite présentation d’une histoire de séduction et de ses amateurs érudits.
Hong Kong a inondé l’Asie et toute la diaspora des Chinatown du monde entier pendant plusieurs décennies. A partir des années 1970, lorsque le cinéma japonais s’est cassé la gueule à cause de la déchéance de ses studios et de l’essor de la télévision, les cinéastes hongkongais sont devenus les rois de l’entertainement asiatique et du cinéma d’action avec leurs films de sabre ou de kung-fu. Dans les années 1980, s’inspirant à tout va d’Hollywood pour le dépasser sans cesse avec un cinéma extrême, masochiste, où le folklore local venait se mélanger aux genres importés d’Occident, ils ont su apporter une singularité culturelle, formelle, esthétique à tous les genres qu’ils revisitaient. Si les films ont ainsi commencé à franchir les frontières, si Bruce Lee était une star de renommée internationale bientôt remplacée par Jackie Chan, l’essentiel de la production est pourtant longtemps resté réservé aux initiés. Films mal distribués aux doublages involontairement drôles, circuit parallèle de mauvaise réputation plaçant les œuvres dans les tréfonds de l’échelle artistique cinématographique, sous-genres populaires pour classe sociale peu fréquentable, le cinéma de Hong Kong, jusqu’au milieu des années 1990, n’était qu’un mauvais élève que la critique et la majorité des spectateurs observaient alors avec condescendance sinon beaucoup de préjugés.
Pourtant, en 1984 il y avait déjà eu un numéro spécial des Cahiers du cinéma (réputé depuis), où Olivier Assayas, pas encore cinéaste, et Charles Tesson nous parlaient de noms comme King Hu, Chang Cheh, Liu Chia Liang ou Chu Yuan. Des auteurs tous maîtres du film d’art martiaux, du wu-xia pian ou du Kung fu, voire de la comédie, qui tous signaient pour l’un des plus célèbres studios hongkongais, la Shaw Brothers. On commençait alors à regarder différemment ce cinéma, on lui trouvait un alibi intellectuel, à raison, les textes des deux compères restant parmi les meilleurs sur le sujet. Puis, entre ce moment et le milieu des années 1990, longue traversée du désert. Alors que les grands films d’aventure et d’action de Jackie Chan se popularisent sur tous les continents, le reste de la production reste à l’écart tandis que la critique observe un silence poli exprimant la nature de son ignorance.
Et puis un tournant majeur dans la réception du cinéma hongkongais en France arrive un mois d’octobre 1996. Sous l’impulsion du sympathique Christophe Gans, la revue HK Magazine sort en librairie, bientôt accompagnée d’une longue et luxueuse série de films en VHS où chaque copie est de qualité et en VO. Gans et ses amis, les David Martinez, Léonard Hadadd, Julien Carbon, Laurent Courtiaud (et les autres, tous amoureux et passionnés), provoquent alors un véritable tsunami du cinéma asiatique. La revue, qui non seulement nous révèle un pan méconnu du cinéma hongkongais mais aussi japonais, devient la référence et le détonateur de cinéphiles pour qui Hollywood ne fait plus rêver depuis longtemps. La sortie d’A toute épreuve (Hard Boiled) de John Woo en salles en 1993 avait ouvert la voie, l’équipe d’HK sait mettre des mots sur ce territoire plein de promesses, véritable trésor qu’on imagine alors d’une richesse inexploitée. Jusqu’au début des années 2000, la revue devient l’évangile du cinéma asiatique bientôt relayé par Internet et sa cohorte d’amateurs érudits. Le cinéma de Hong Kong a alors été complètement revu et corrigé, festivals, dossiers spéciaux, découverte massive de son passé, études universitaires, réhabilitation critique chez ceux qui jusque là l’ignorait, bref la mode était là.
Depuis, Hong Kong a rendu l’Union Jack, plusieurs de ses cinéastes stars ont fait des allers-retours avec Hollywood et sur place le cinéma a perdu de sa superbe. Tandis que le grand public découvrait les films tardifs et plus faibles de Wong Kar Wai, les fans se sont désistés, les sites Internet se sont un peu vidés (sauf pour les plus fidèles) et les éditions DVD pullulent tout en redevenant parfois marginales, logique vue la médiocrité des titres proposés. La ruée vers l’or s’est donc tarie, comme si en même temps qu’on exploitait le filon jusqu’à la corde la production hongkongaise errait sans direction, sans renouvèlement générationnel de ses stars ou de ses auteurs.
Faire une petite histoire du cinéma hongkongais relève ainsi d’une entreprise archéologique, comme si tout était fermé, achevé, avec un début et une « fin », peut-être un âge d’or qu’il est facile de déterminer. Afin donc d’y voir plus clair, nous avons décidé d’articuler notre historique à partir de ce qui a fait et définit la gloire de ce cinéma : ses studios et surtout ses genres qui plus que partout ailleurs ont déterminé sa généalogie et sa popularité. Ajoutée, pour commencer, d’un petit panorama, histoire de jeter un œil transversal sur un paysage, ses acteurs et ses grands mouvements.

NDA : un grand merci à Emrik Gouneau et Léonard Amara pour leur fabuleuse Encyclopédie du cinéma de Hong Kong (Les Belles Lettres, 2006), un trésor d’informations à qui cette petite histoire doit beaucoup. Et un autre grand merci à l’équipe et aux visiteurs de cinemasie.com qui continuent à faire vivre le rêve contre vents et marées.
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