Expo au musée d’Orsay à Paris
La Suisse est à l’honneur cet hiver au musée d’Orsay, qui consacre une importante rétrospective au peintre Ferdinand Hodler, artiste symboliste célébré dans son pays, mais encore trop peu connu en France.
Un peintre symboliste
Très connu de son vivant et considéré, à juste titre, comme l’un des plus importants représentants du symbolisme au tournant du XXe siècle, Hodler fait partie intégrante de la vie artistique de la Belle Epoque. Membre des Sécessions viennoise et munichoise, son œuvre peut être comparée à celle d’un Klimt, dont la carrière, comme la sienne, oscille entre succès critique et scandale public, et l’œuvre, entre réalisme et symbolisme (ainsi de l’extraordinaire Eurythmie, 1895), ou d’un Puvis de Chavannes, maître dont il se réclame et dont on sent l’immense influence.

Du peintre français on retrouve également, élément essentiel, une obsession pour le rythme et l’harmonie des compositions et des corps. A ce titre on peut parler de réelles chorégraphies dans des toiles telles Le Jour III (1910) ou Communion avec l’infini (1892). Dans Emotion II (1902), Hodler décompose le mouvement de la marche d’une femme qu’il déshabille en quatre phases, comme pour montrer la progression du sentiment. La relation à la danse est évidente dans ces toiles de l’artiste, qui affirme : « Dans les allures du corps, on découvre son âme ».
Un peintre suisse
Tandis que l’identité suisse peine à se définir, Hodler s’impose comme le peintre de l’« helvétitude », non seulement en tant que peintre d’histoire, auquel sont commandés des grands décors relatant les événements majeurs de l’histoire de la Confédération suisse (La Bataille de Morat, 1917), mais aussi par la représentation de figures typiques (Le Bûcheron, 1910), et, surtout, en tant que peintre de paysages.
L’extrême poésie et la mystique des paysages de Hodler transfigure littéralement le territoire alpin, pour atteindre à l’universalité. Les vues de lacs suisses étales, ou les montagnes puissamment construites, aux crêtes irisées par le soleil couchant, délivrent un sentiment de plénitude comparable à celui dans lequel peuvent plonger les toiles abstraites de Mark Rothko ou les monochromes d’Yves Klein. De fait, par le paysage, Hodler parvient aux limites de l’abstraction, telle que peut la concevoir la philosophie zen, à la fois comme absence de passions et harmonie avec la nature.
La dernière salle est à ce titre remarquable. Peignant inlassablement Valentine, sa compagne mourante, sur son lit de douleurs, Hodler la représente s’effaçant petit à petit du monde réel. Le corps tend peu à peu à l’horizontalité, comme les lignes parallèles du lac Léman, entre terre et ciel. Ce qu’exprime l’artiste, théoricien du « parallélisme », dans ces œuvres, c’est que l’eau « rejoint le centre de la terre, ainsi que tous les corps », visant le retour à ce qu’il nomme « la Grande Unité ».
« Ferdinand Hodler 1853-1918 »
Jusqu'au 3 février 2008, au musée d’Orsay, Paris
A noter plusieurs événements autour de l’exposition :
— un numéro spécial de la revue du musée d’Orsay 48/14 (automne 2007, n° 25)
— un cycle musical « Regards sur la Suisse », avec notamment des œuvres d’Arthur Honegger et Franck Martin, jusqu’au 19 janvier 2008
— un cycle sur le cinéma suisse, avec 12 films, du cinéma muet (avec Michel Simon) au documentaire contemporain

Illustrations :
Ferdinand Holder
- Détail de Emotion II (1901-1902) © Institut suisse pour l'étude de l'art, Zurich
- La Nuit (1889-1890) © Kunstmuseum, Bern
- Le lac de Thoune aux reflets (1904) © Institut suisse pour l'étude de l'art, Zurich
- Valentine sur son lit de mort (1915) © Kunstmuseum Basel / photo Martin Bühler
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