Contre la morosité et la grisaille ambiantes, le dernier spectacle d’Alfredo Arias constitue un antidote radical : un spectacle haut en couleurs, un hommage passionné et loufoque au théâtre de quartier romain des années 60-70, qui fait revivre sur des rythmes endiablés ce passé théâtral oublié, « ce théâtre du rien » nous dit Arias, où le mauvais goût côtoyait l’énergie la plus folle.
Le drame de Salomé
Alfredo Arias fait renaître ce théâtre kitsch, faussement bigot, aux anecdotes sordides et hilarantes, jusqu’au moment où, célébration du théâtre dans le théâtre, c’est la tragédie de Salomé et de Jokanaan, alias St Jean-Baptiste, qui nous est représentée. L’histoire biblique est respectée à la lettre mais en version Queer, avec des costumes chatoyants, des perruques immenses, un jeu à la fois caricatural et réjouissant, le tout dans un décor kitschissime. Les comédiens s’en donnent à cœur joie, avec une précision de jeu impressionnante. Alejandra Radano est parfaite en Salomé cruelle et passionnée.
La reine du disco
Mais le spectacle ne s’arrête pas avec cette évocation biblique. Car c’est bientôt la fille prodigue de Bruna, Celestina, qui revient, tel un miracle, des Etats-Unis. Mais elle nous revient transformée en diva noire ! Une diva à la voix puissante et magnifique, déesse disco, nouvelle idole des gays de Brooklyn. S’en est trop pour la pauvre Bruna au bord de la crise de nerf. Mais comme dans tout mélodrame religieux qui se respecte, une apparition de la Vierge Marie permettra la réconciliation finale, et un grand bal disco scellera la paix retrouvée.
Une déclaration d’amour
Alfredo Arias, grand habitué, entre beaucoup d’autres, du théâtre de Copi, célèbre dans cette mise en scène la pure théâtralité, le pur artifice. On ressent à chaque minute de ce spectacle tout l’amour d’Alfredo Arias et de René de Ceccatty pour ce théâtre perdu, fait de bric et de broc, de troisième zone, ce théâtre improbable et o combien vivant. Ils nous offrent, avec chacun des comédiens, cette déclaration d’amour enflammée pleine de générosité, d’énergie et de rires. Marilu Marini, comédienne égérie d’Arias, compagne de toujours, est terriblement émouvante dans cette évocation du passé, la nostalgie qui affleure s’accompagne d’une grande tendresse.
Divino Amore,
Mise en scène : Alfredo Arias, livret de Arias et René de Ceccatty,
Avec Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilu Marini, Alejandra Radano.
Au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 31 décembre, 21 heures, puis en tournée.
Illus © Philippe Delacroix

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