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Jeu musical - Xbox 360 - PS3 - Wii - PS2 - PC - Sortie en France le 23 novembre
Troisième itération de Guitar Hero, celle-ci annonce néanmoins un tournant dans la série. Activision, l’a en effet confié à Neversoft, le studio de développement des jeux Tony Hawk. Capables de faire vivre leur licence fétiche jusqu’au 10e épisode, ont-ils réussi à transcender un jeu qui n’était à l’origine qu’un prétexte pour vendre des guitares en plastique ?
La genèse de Guitar Hero, c’est l’histoire d’un fabricant d’accessoires, Red Octane, qui vient voir un studio, Harmonix, et leur demande de faire un jeu avec un budget ridicule pour leur permettre de vendre des guitares en plastiques basées sur un concept déjà existant, Guitar Freaks de Konami.
Depuis, le jeu a fait son chemin en pulvérisant des records de vente, et c’est avec une nouvelle équipe que Guitar Hero III essaye de faire peau neuve.
Par rapport à ses prédécesseurs, les changements principaux viennent du matériel et du gameplay. La guitare Les Paul possède un manche amovible qui ravira les joueurs vivant dans les 6m² d’une chambre de bonne. Côté gameplay, les concepteurs ont inclus un mode versus plus sournois avec des handicaps à envoyer à l’adversaire et des affrontements contre des bosses à la fin de certains concerts.
Le premier changement nous donne l’opportunité de casser la corde de l’autre joueur, de lui cacher ses notes ou de monter la difficulté d'un cran. Toutes ces bonnes vibrations accumulées pendant le mode coopératif vont vite se dissiper très vite.
Le mode carrière, quant à lui, se voit étoffé d’un scénario et donc de boss battles. L’histoire tient sur un coin de nappe, mais on apprécie l’effort des concepteurs pour donner un contexte aux évènements et justifier les affrontements. On devra ainsi se mesurer à Tom Morello, Slash et le Diable en personne. Le chauve, le chevelu et le cornu sont d’ailleurs les seuls auxquels vous vous mesurerez. Un peu maigre.
D’une difficulté raisonnable en normal, les bosses exécutent par ailleurs leur morceau avec une précision quasi-mécanique en hard ou en expert, ce qui pourra rebuter tous ceux qui aimeraient garder une vie sociale, au lieu de passer leur plus belles années sur un solo dangereux pour leur canal carpien.
Des pics de difficulté qui déséquilibrent complètement une jouabilité revue et corrigée. Ainsi, le hard de Guitar Hero III s’apparente plus à l‘expert de Guitar Hero II, mais les techniques de jeu avancées comme les hammer-on et les pull-off sont bien plus tolérantes.
On est sensé y gagner, mais sur les 5-10 derniers morceaux, le challenge tient plus de la punition.
Pour donner un peu de chair à cette ossature, La setlist de cet épisode culmine à 70 morceaux. Pas de doute possible dès les premiers riffs, Guitar Hero III veut rassembler et réconcilier les générations. Alors que les choix musicaux d’Harmonix pour les précédents jeux s’étaient tournés vers des groupes indépendants inconnus au bataillon et des tubes pour rock-mélomanes avertis, nous voici avec un contenu plus grand public.
Santana, Aerosmith, The Who, White Zombie. Des noms que l’on a entendus au moins une fois dans sa vie. La setlist pousse même jusqu’au grand classique avec la Grange de ZZ Top.
Cette recherche du mainstream ne se fait pas sans mal, car les pistes choisies n’en sont pas pour autant les plus virtuoses de chaque artiste. De plus, les choix de pistes internationales, sensées représenter la mouvance rock dans d’autres pays que l’Amérique et l’Angleterre laisse assez perplexe.
Entre deux groupes faussement indé se glissent NAAST et Superbus en tant que parangons du rock français. Des formations lookées bien propres sur elles qui font peine à voir face à Slipknot quelques pistes plus haut.
La setlist, bien qu’éclectique, est plus prévisible que celles d’avant, qui nous surprenaient par un titre méconnu d’un groupe mal-aimé.
Prévisible, c’est le vrai problème de ce Guitar Hero III. En dépossédant Harmonix de son projet et en le confiant à Neversoft, plus connu pour ses Tony Hawk à répétition, Activision a enclenché le processus de la suite qui veut faire plus sans faire forcément mieux.
Cela se constate sur des détails esthétiques et sonores du jeu. Les graphismes des personnages et l’interface ont été relookés de façon à les rendre plus bruts, à leur donner un côté destroy-trash-rebelle de pacotille. Le compteur de Star Power, par exemple, est surmonté d’ampoules bricolées, et chaque protagoniste perd sa gueule pour y gagner une trogne.
Une modification qui, si elle s’avère louable sur Johnny Napalm le punk, prend des allures de catastrophe de la chirurgie plastique sur Judy Nails. Ce côté star déchue entre deux cures de désintoxication lourde enlaidit plus qu’il n’améliore.
Le casting des personnages s’est aussi étoffé de nouvelles têtes. Guitar Hero avait introduit La Mort et un sosie de Ziggy Stardust, Guitar Hero III s’acoquine avec une japonaise difforme lookée par un aveugle farceur. Instant de consternation et minute de silence pour la disparition de Clive Winston.
Cette volonté d’hardcoriser le contenu se voit aussi en terme de gameplay. Lors d’une erreur en plein combo, l’écran sursaute en laissant échapper un râle de douleur. Guitar Hero III ne se contente pas de jouer un couac quand vous ratez une note, il fait aussi crier l’ampli. Ce "schwoom" vindicatif, plus fort que la piste que vous jouez, peut vous ruiner tout un solo et vous faire perdre le rythme. Un choix raccord avec le autres sur le nouveau game-design, mais foncièrement agaçant.
Guitar Hero III marque en fin de compte la rupture entre Harmonix et Activision. D’un jeu fauché fait par des passionnés de musique, on entre dans la grande machine à séduire un public en manque de décandence formatée. On nous donne du punk sous blister, de l’anticonformisme bien propre derrière les oreilles.
Plus accessible aux profanes et objectivement plus mainstream, la setlist pourra attirer à elle tous ceux qui ne connaissaient pas le jeu avant, tout comme les modes de jeu revisités. Les habitués de la série, eux, seront un peu déçus par cette course à "l’extrême", mot prononcé avec cette grosse voix qui annonce les matches de catch sur la chaîne câblée.
Un peu plus près du RAWK, un peu plus loin du Rock, plus près des yeux, mais peut-être aussi plus loin du cœur.
Si l’on fait abstraction de la forme, et d'une courbe de difficulté absurde, Guitar Hero III est pourtant globalement bon, et c’est ce qui fait de lui un incontournable du jeu musical toutes consoles confondues, malgré ses choix putassiers.
- Lire aussi la chronique de Guitar Hero 2.

Guitar Hero III
Développeur : Neversoft Entertainment
Editeur : RedOctane
Distributeur : Activision
Sortie en France : 23 novembre 2007