RPG Space Opera - Xbox 360 - Sortie en France le 23 novembre 2007
Mass Effect atterrit sur 360, tout auréolé de l’excellente réputation de Knights of the Old Republic. Puisant son inspiration dans Star Wars ou la littérature de Science Fiction, ce jeu de rôles se veut une créationoriginale et gigantesque s’étalant sur plusieurs galaxies.
Ambitieux, le jeu respecte-t-il son plan de vol ou se situe-t-il à des années-lumière de ses prétentions ?
Tout commencera sur Eden Prime. Une colonie terrestre où quelques pionniers font du commerce avec les autres peuplades extra-terrestres du Conseil.Les prothéens, disparus il y a presque 50.000 ans, utilisaient des relais à effet de masse qui leur permettaient de naviguer dans tout l’univers. En s’appropriant cette technologie, les humains finirent par découvrir d’autres races intelligentes qui les acceptèrent dans leur alliance économique et politique interstellaire.
C’est donc sur Eden Prime, à partir d’une simple balise prothéenne que vous deviez récupérer, que va commencer le cauchemar. Sur place, les cadavres des colons jonchent le sol et un énorme vaisseau-mère obscurcit l’horizon.
A l'origine de cette attaque surprise, l'officier Spectre Saren et des Geth, des androïdes hostiles aux êtres vivants. Ce qu'il veut, c'est la balise, la première pièce de son plan.
Vous arrivez trop tard, après lui, et entrez en contact par accident avec la balise. Des images de fin du monde s’impriment dans votre cerveau, un message d’avertissement prothéen dont vous comprenez pourtant le sens profond : Quelque chose vient et va venir éradiquer toute forme de vie organique dans l’univers.
Sur fond de musique à la Vangelis, les premiers chapitres de l’histoire déploient dès le départ la grosse artillerie du space opera. Un ennemi charismatique, des enjeux colossaux et le froid sidéral qui vous souffle dans la nuque.
En gestation depuis plus de deux ans, Mass Effect se faisait fort de redéfinir l’aventure futuriste, en mariant clichés de science fiction et idées fraîches. C’est un projet de longue haleine que certains voyaient déjà comme un space-Oblivion doté du système d’alignement moral de KOTOR.
Le pari est réussi en surface, si l’on se concentre sur l’histoire principale, aussi solide que mouvementée.
Les personnages sont attachants et construits avec intelligence, leur réparties bien senties compensent d’ailleurs souvent la fadeur relative du héros. La cosmologie du jeu développe un bestiaire de races que ne renierait pas George Lucas, tout en piochant ça et là dans Star Trek ou Cosmos 1999.
Le grandiose côtoie en effet le cheap dans Mass Effect. Les infrastructures gigantesques et complexes cohabitent avec les couloirs insipides de petits bunkers moches. Tout est propre et bien rangé dans le futur. Il manque au jeu un grain de folie qui tarde à venir et qui ne s’exprimera que par la beauté décadente des derniers lieux à visiter.
Ce côté carré-militaire du level design, s’il sied parfaitement au contexte dans lequel évolue les personnages principaux, aseptise au passage des endroits qu’on aurait pensé plus festifs, tel le bar à strip-teaseuses ou la boîte de nuit.
A l’opposé de sa rigidité formelle, Mass Effect se distingue par une création de héros plutôt flexible, laissant une marge respectable à la personnalisation du physique et de la classe choisie.
Cette customisation de départ est à la racine d'un système de compétences en arborescence, et de combats en temps réel assez nerveux. Pas de fantaisies, pourtant : quatre types d’armes au choix pour parer à toute éventualité et trois types d’armures pour courir entre les balles. Les pouvoirs psy et talents spéciaux, s’ils ne sont pas visuellement impressionnants, ont au moins le mérite d’être très efficaces.
Plus efficace en tous cas que le moteur graphique, qui affiche les textures en retard pendant les cinématiques et subit des chutes de framerate catastrophiques, même dans des décors minuscules. Certains affrontements populeux en deviennent quasiment injouables. Difficile de trouver des excuses aux textures floues qui apparaissent chaotiquement, alors que vous venez tout juste de sortir d’un écran de chargement.
Ces défauts techniques s’ajoutent à des interfaces d’inventaire qui rendent pénibles le commerce et l’équipement de votre équipe. Pas de groupes, un classement chronologique discutable. Le futur est peut-être bien rangé, mais ses tiroirs sont en bordel.
Ce ne sont toutefois que des détails qui s’effacent au profit d’une histoire prenante ponctuée de dialogues aux issues parfois surprenantes : Donner un crochet du droit à une journaliste, raccrocher l’holocom au nez d’un supérieur condescendant ou doubler sa récompense en caressant l’interlocuteur dans le sens du tentacule.
Les choix se diversifieront avec vos caractéristiques de charme et d’intimidation, vous donnant même à un moment la possibilité de pousser un boss au suicide. C’est inédit, c’est le concept poussé à son paroxysme, mais c’est ce qui fait de Mass Effect un RPG multi-facettes remarquable.
Toute la partie d’exploration libre, en revanche, laisse plus sceptique. Sur la douzaine de galaxies à visiter, seule une petite partie est visitable. Tout au plus une planète par système, ou un vaisseau abandonné si aucun des astres ne permet l’atterrissage du véhicule tout-terrain.
Dans la pratique, les explorations se résument à quadriller un mouchoir de poche tout en cherchant des gisements de minerai ou des points spécifiques notés sur la carte. Ils mèneront soit à des objets, soit à des bâtiments dépendant d’une quête secondaire. Mass Effect fait dans l’utilitaire, aucune planète visitable n’est là pour décorer, elle sert forcément un objectif qu’on va, ou qu’on vous a assigné.
Rien d’autre ne vous y retiendra, de toutes façons. Les textures quelconques et la topographie aléatoire des lieux recouvrent des étendues désertes sur lesquelles deux baraquements sortis de la même usine se battent en duel.
Car il faut se dire une chose, c’est que dans le futur, tous les complexes scientifiques et les campements de pionniers seront identiques jusque dans leurs sous-sols.
De quête annexe en croisade facultative, on s’aperçoit rapidement que les endroits sont tous les mêmes à quelques détails près. Une caisse de plus dans le coin, trois bidons pour décorer au fond. Cette pingrerie graphique place Mass Effect très en dessous d’Oblivion sur le plan des quêtes secondaires. Dans Oblivion, l’anecdotique fait corps avec l’univers du jeu et le prolonge. Avec Mass Effect, il n’est qu’une pièce rajoutée, taillée dans un matériau bon marché, qu’on essaye de faire tenir avec deux points de colle Cleopatra.
Au départ émoustillé par l’apparente profondeur du jeu, on est par la suite mis-surpris, mi-déçu, en s'apercevant qu’il y a peu de contenu réellement jouable. Mass Effect est ainsi fait, c’est un jeu en trompe-l’œil qui nous berne jusqu'à ce qu'on ose toucher le mur.
En dépit de ce paradoxe, le jeu reste incroyablement prenant et fascinant sans lassitude, des heures durant.
Conçu comme le premier épisode d’une trilogie, Mass Effect respecte certaines de ses promesses et en oublie beaucoup d’autres. Il améliore ce qui avait fait la réussite de KOTOR, tout en s’essayant à de nouvelles recettes que l’on sent encore expérimentales, en repérage.
On pourra lui reprocher d'être un peu court, mais les concepteurs ont pensé à la replay value, ne nous laissant recommencer une aventure fraîche avec le niveau et l'équipement de la partie précédente.
Il est à noter que, pour une fois, les achievements ne sont pas que des récompenses insignifiantes. Ils débloquent des bonus de compétences et d'expérience pour les parties suivantes.
Cette genèse pose les bases d’une épopée qui, si elle ne brille ni par sa technique ni par l’abondance de contenu, a le mérite de réveiller en nous l’enfant qui levait le nez au ciel la nuit. Celui qui se demandant ce qui pouvait bien se passer là-haut.
Au-delà de ses complexes futuristes en béton préfabriqué, Mass Effect parvient à nous faire rêver d’étoiles. Mission accomplie, Commandant Shepard.

Mass Effect
Développeur : BioWare
Editeur : Microsoft Games
Distributeur : Microsoft Games
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