On aurait pu croire que Paris était une ville en noir et blanc. Avec d’abord la séduisante exposition consacrée aux photographies de Willy Ronis, puis ensuite, avec celle toute aussi réussie de « Paris en liberté » vu par de Robert Doisneau, l’Hôtel de Ville nous avait plutôt habitué à une version bi-chromatique de la Capitale. L’exposition « Paris en couleurs » balaye nos dernières croyances : Non, le passé n’était pas juste une déclinaison de gris.


Portfolios arts : Voir la galerie de l'expo Paris en couleurs

Une histoire de la couleur
L’exposition Paris en couleurs s’ouvre sur l’invention en 1907 du premier procédé de photographies en couleurs. Qui mieux que des génies répondant au nom évocateur de Lumière pour redonner ses teintes à la vie. Déjà inventeurs du cinématographe – rien que ça !-, les frères Lumière révolutionnent la photographie avec l’autochrome. Ces photographies couchées sur une plaque de verre nécessitent une source lumineuse à la manière d’une radiographie. En outre, l’exposition vous éclaire sur le principe de la plaque autochrome, et vous vous sentez soudain une lumière, à votre tour.
Dans le milieu des années 1920, le Russe Serge Prokoudine Gorsky met au point un procédé de tirage en couleurs grâce auquel il se fait connaître tandis que les Lumière poursuivent leurs recherches : deux supports souples voient le jour, le Filmcolor et le Lumicolor. Il faut attendre les années 1970 pour que la couleur devienne le genre dominant sous l’impulsion de la mode et de la publicité.
L’exposition qui se déploie de façon chronologique, livre une fascinante histoire de la photographie couleur dans ses aspects techniques mais aussi dans sa pratique. Le didactisme avec laquelle elle est traitée, lui confère une dimension grand public extraordinaire.

De la Belle Epoque à l’Après-Guerre
Au-delà de l’histoire de la photographie couleur, l’expo donne à voir Paris du début du siècle dernier à aujourd’hui, à travers l’objectif de grands photographes. Les autochromes en grande partie laissés par le banquier Albert-Kahn, montrent entre autres des Parisiens ordinaires, quitte à venir déconstruire notre imagerie collective. Dans cette première partie du parcours, la Capitale est montrée sous un jour que l’on connaît peu. La mode, le luxe, le glamour ne se sont pas encore emparés de tous les Parisiens comme on a voulu nous le faire croire un peu plus tard : l’un des points forts de "Paris en couleurs" est de redonner à la ville une dose d’humanité là où elle était devenue une simple vitrine du luxe. Et ça change tout. Des sourires attrapés sur le vif, des situations quotidienne, des enseignes, du mobilier urbain, des affiches restituent le vivant de cette capitale. La photographe Gisèle Freund laisse une empreinte particulièrement sensible de cette époque. Quelques incroyables photographies en couleurs de la Seconde Guerre mondiale sont même présentées ici : la chose est rare, en raison des mesures draconiennes imposées pendant la guerre.
Si le Paris d’après-guerre s’est vu immortalisé par Robert Doisneau et Willy Ronis en noir et blanc, on peut aisément dire qu’ils sublimaient la réalité. C’est dans les regards étrangers que l’on trouve le renouveau et la couleur. Le photographe mythique Robert Capa, touche à la mode, tandis qu’Ernest Haas, Saul Leiter et Erwin Blumenfeld saisissent les années 1950. Les clichés les moins conformistes sont ceux de l’Allemand Peter Cornelius, qui capte des ambiances et des lumières au fil de ses ballades près du canal Saint-Martin ou aux puces de Saint-Ouen.

Paris brille-t-il ?
La dernière partie de l’exposition fait la part belle à la création et au dynamisme. On comprend comment le magasine Vogue a joué un rôle déterminant dans la construction du « Paris, capitale de la mode et de la beauté ». Les photographies deviennent des hymnes impertinents à la couleur et Paris -et sa Tour Eiffel- semble être le lieu le plus propice à accueillir ces nouvelles audaces. Les symboles maintes et maintes fois utilisés se transforment en clichés, avec lesquels s’amusent des photographes comme Jean-Paul Goude et Pierre et Gilles. La modernité n’échappe pas aux objectifs de Martin Parr et Massimo Vitali. Tout comme les photos de l’excellent Philippe Ramette qui renversent l’horizontalité et la verticalité, et livrent une vision surréaliste de nos paysages urbains. "Paris en couleur" est une exposition aux multiples entrées. Qu’on soit sensible à la photographie, à sa technique, à Paris et à son histoire, chacun devrait trouver une bonne raison de s’y promener et de se laisser surprendre.

Expo Paris en couleurs
Des frères Lumières à Martin Parr

Du 03 décembre au 31 mars, à l’Hôtel de Ville de Paris.
Entrée libre.

Illustrations :
- © Peter Cornelius d'Hargues
- Auguste Léon, © Collection du Musée Albert-Kahn
- © Paolo Roversi

Arnaud Bourgoin



Sur Flu :
- Consulter le who's who des photographes sur l'encyclo Arts de Flu
- Voir l'actu photographie et expos Paris
-  Lire notre Petite Histoire de la photographie


• Les news de De Visu, le blog arts
Lascaux, le site web Lascaux, le site web
Lascaux, comme vous ne l'avez jamais vu (en vrai). Le...
Les Maori retrouvent leurs têtes Les Maori retrouvent leurs têtes
  Le Sénat a voté à l'unanimité, lundi 29 juin, la...
Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste
Faire de la vie une œuvre d'art, ou plus exactement...
L'art contemporain présumé coupable L'art contemporain présumé coupable
Véritable serpent de mer judiciaire, l'affaire de la mise en...

• Sur le forum Arts

vend pass 3 jours eurockéennes de belfortTroupe amateur recherche comédiensles sortileges de ath (belgique)



arts.fluctuat.net
Sortir
Grafitti à la Fondation Cartier Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Planète Parr au Jeu de Paume « Planète Parr » présente l’univers à la fois drôle et satyrique de Martin Parr, inlassable observateur de la société contemporaine.