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Prix du Jury à Cannes, Lumière silencieuse appâtera quelques cinéphiles endurcis mais en rebutera de nombreux autres. Malgré des qualités esthétiques - magnifique photo - et l’originalité d’un univers méconnu, l’ennui domine. Plombant.
Chef d’une famille qui ignore la contraception, Johan trompe la mère de ses enfants. Pire, il est amoureux de cette « Autre », figure mi-ange, mi-démon selon que s’exprime une vision spirituelle ou charnelle. En conflit avec ses principes austères, cet homme, bouleversé, traverse donc une crise douloureuse.
Ce point de départ, déjà peu bandant, ne connaîtra aucune évolution, ou si peu... Carlos Reygadas filme les champs, la lumière de la campagne, et un immobilisme d’un autre siècle. Spectateur d’une tragédie au ralenti, il suscite un bref intérêt grâce à l’originalité de ses sujets et de leur mode de vie. Les intrigants physiques d’acteurs non professionnels - de « vrais mennonites qui n’ont jamais vu de télévision » (selon le dossier de presse) - n’y sont pas étrangers.
Délibérément, l’auteur du remarquable Japon adopte le rythme de cette communauté qui refuse toute forme de modernité et, littéralement, tourne en rond. Ainsi, il nous permet de ressentir l’ennui serein qui guide leur existence. Hélas, par la même occasion, il transforme son récit en une morne contemplation, très vite usante. C’est bien la seule chose qui arrive vite chez ces mennonites coincés entre rigueur et croyance. Et ce n’est pas la beauté de la photographie, composée d’une magnifique lumière et d’un indéniable sens du cadre, qui sauve ce film d’un mortel ennui.
Plombée par l’absence d’expression que la vie leur a enseignée, la maladresse du couple illégitime n’émeut pas plus que ça. Il y a bien de fugaces respirations, comme ce joli moment de communion/transgression où les enfants regardent, en cachette, une télévision « habitée » par Jacques Brel qui chante Les bonbons. C’est peu. Et l’étrange coup de théâtre final ne convainc pas plus que le reste. La lumière et le silence de Dieu, c’est beau… mais chiant.
« …Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte »
Brel, Chanson des Vieux-amants
Lumière silencieuse
De Carlos Reygadas
Avec Cornelio Wall, Miriam Toews, Maria Pankratz
Sortie en salles le 5 décembre 2007

Illus. © Bac Films