Après une longue tradition de séries pour ados où les personnages étaient concentrés sur de graves problèmes : découvrir qui en voulait après Zora la Rousse ou démasquer un brigand des grands chemins, voici Skins, la dernière née de la chaîne britannique Channel 4 qui dépeint un univers tiré de Kids mâtiné d’une touche de Trainspotting. Où quand les ados sont déjà des branleurs patentés.
La frustration galopante
Chaque épisode s'intéresse particulièrement à un personnage et tente de le dépeindre par son environnement familial, scolaire et collectif. Au départ, nous nageons dans le caricatural. Il y a Tony, le "beau gosse" sûr de lui qui sort avec la star du lycée, Michelle. Il est cynique, imbu de lui-même, trompe allègrement sa copine, mais il est très intelligent et lit Marx ou Kant à la récré. Sid, son meilleur ami, est puceau, se rêve avec Michelle tout en se masturbant trois fois par jour sur des photos de magazine porno. Cassie est anorexique. Elle est amoureuse de Sid, mais Sid ne s'intéresse pas à elle car il la prend pour une folle. Anwar est musulman. Il rêve d'orgies de seins et il est le super pote de Maxxie qui, lui, est gay et craque un peu pour Anwar. Enfin, Chris, le plus dingue de la bande, est accroc aux pilules qu'il donne par inadvertance à ses poissons rouges. Lui s'amourache d'une prof du lycée.
Dis comme ça, on s'enfuirait à toutes jambes, surtout lorsque le premier épisode se termine dans une orgie de sexe et de drogue à faire pâlir les gamins de Kids. Mais ce serait sans compter sur la qualité d'écriture, l'excellent jeu des acteurs et l'évolution des personnages au fur et à mesure des épisodes qui révèle les fractures de chacun, même des plus sûrs d'eux. Là où Kids montrait des gamins sexuellement libérés, Skins joue plus sur l'impuissance chronique de la jeunesse et sur la frustration infernale de l'adolescence. Chaque personnage cherche à atteindre l'inaccessible qui, lorsqu'il est à portée de mains, lui glisse entre les doigts. C'est cette vision qui donne tout son intérêt à Skins, qui gagnerait toutefois à s'échapper des oripeaux de la festivité faussement joviale mais ouvertement cynique qui traverse les épisodes de la série.
Des branleurs à la télé
Ce qui écarte Skins de pratiquement toutes les séries pour adolescents, c'est d'abord qu'elle est interdite aux moins de dix-huit ans en Grande-Bretagne : donc, elle ne leur est pas destinée. Laisser ses enfants regarder une série où on parle drogue, alcool, tabac ou sexe n'est pas supportable pour des adultes responsables. Du coup, Skins gagne son cachet "Interdit", ce qui ne peut que motiver encore plus les adolescents à tenter de la voir. Voilà comment on crée du buzz à moindre prix (rajoutez une page myspace et vous aurez le packaging complet).
Ensuite, les figures parentales, qui dans une série classique sont souvent là pour réparer les actions irréfléchies des jeunes et qui administrent à chaque épisode la dose de bon sens éducatif vers l'âge adulte, sont souvent encore plus paumés que les enfants. Ceux que l'on voit ne travaillent pas, s'engueulent ou se frappent, se quittent devant les yeux des adolescents.
Enfin les ados, livrés à eux-mêmes, s’avèrent être de sacrés branleurs. Mis à part une énergie considérable déployée à chercher de la drogue, des cachets ou de l'alcool, ils n'aiment pas franchement être dans l'action, et sont des personnages plus pathétiques qu'héroïques. Skins, c'est finalement la Royle Family de l'adolescence britannique.
Sous la peau
Reste à savoir si le regard porté sur la jeunesse dans Skins est juste ou pas. Et là, il n'y a pas de vérité absolue. Même s'il est certain que la série joue clairement avec les stéréotypes (et tourne parfois à l'extrême), le comportement des adolescents semble perçu avec exactitude. S'arrêter à n'y voir que ces stéréotypes ne serait pas rendre justice à la série qui fait preuve de sensibilité et de subtilité lorsqu'elle s'intéresse aux affects et interactions entre les personnages. Un simple mot sur la musique : elle s'accorde parfaitement à la série, les chansons sélectionnées répondent au scénario, c'est de ce côté aussi une réussite.
Mais, pour voir le mauvais côté trash de la série, cependant, Channel 4 propose de visionner sur son site internet la Secret Skins Party, un épisode de dix minutes initialement diffusé exclusivement sur la page MySpace de la série - dont on imagine qui en est le public...
De quoi donner de mauvaises idées, comme à cette jeune fille qui a organisé une fête qu'elle voulait identique à celle qui clôt le premier épisode et qui avait pour slogan : "Foutre en l'air la maison familiale moyenne".
Bilan : plus de deux cents fêtards ont débarqué dont des enfants de onze ans et au total 20 000 livres sterling de dégâts ont été occasionnés dans la maison familiale dont des tapis ruinés par les clopes, du mobilier défoncé, le dressing de la mère infesté d'urine et autres joyeusetés du genre. La fille pensait avoir deux jours pour tout ranger, mais ses parents avaient écourté leur week-end en camping-car et sont apparus le lendemain matin au milieu de cette orgie destructives. Il paraît que la demoiselle ne s'en est toujours pas remise.
Skins
Série créée par Bryan Esley, Jamie Brittain
Avec Mike Bailey, Joseph Dempsie, Mitch Hewer, Nicholas Hoult, Hannah Murray, Dev Patel, April Pearson, Larissa Wilson, Georgina Moffat...
Tous les jeudis à partir du 6 décembre à 22h45 sur Canal+

Illus. © Canal + (France)
Sur le web
Sur le web
- Le site officiel de la série
- La Secret Skins Party
- Le point de vue de Stewart Lee, détracteur de la série
- La soirée Skins qui tourne au cauchemar
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
Billy Campbell / Jorja Fox / Imogen Bailey / Julien Doré /
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier

|
|
|
|
|
Zoom sur
Simon Astier / Audrey Fleurot / Harry Roselmack / Frédéric Taddéi / Virginie Efira / Michel Denisot / Laurence Ferrari / Julien Courbet / Jean-Luc Delarue / Wentworth Miller
- que regardez vous a la télé a l'instant ?
- kyle X-Y sur w9
- Secret story2
- télétexte sur France 2