Il y a eu le polar jazzeux , feutré, ambiance whisky et petites pépées. Voici venu le temps du polar rock "où les héros s'envoient des rails et baisent les étoiles". Fort de ce beau constat, Sergueï Dounovetz, a créé la collection Polar rock chez Mare Nostrum. Rencontre.


- Lire la chronique de Serial Loser, le dernier né de la collection "Polar Rock".

Je suis un auteur de littérature de genre. J’ai été publié notamment au Fleuve Noir. Le polar est mon genre littéraire de prédilection. Mais avant de jouer de la plume, à la fin des années 1970, j’étais chanteur et guitariste rythmique dans un groupe de rock parisien qui s’appelait "Les Maîtres nageurs".
Tous mes bouquins transpirent le rock. Dans mes histoires les protagonistes en écoutent. Je cite parfois quelques groupes, non pas pour faire "genre", juste pour donner une indication au lecteur, afin qu’il situe un peu mieux les goûts de mes personnages, leur façon de fonctionner. Mes héros sont le plus souvent issus de milieux marginaux, underground, où la musique fait partie intégrante de leur vie. De plus, j’écris le plus souvent mes romans en écoutant du Rock. Il n’est pas rare que j’attaque un chapitre avec NOFX ou The Ramones à fond les ballons.

Fluctuat : Comment est née l'idée de créer une série de polar autour du monde de la musique en particulier, et du rock en général ?
Sergueï Dounovetz : L’idée est venue d’elle-même. Un jour, dans le cadre d’un festival de polar, je discutais devant le zinc de la buvette avec Jean-Bernard Pouy. C'est un fêlé de Rock et cela faisait un moment que lui aussi avait l’idée d’une collection sur le sujet qui lui trottait dans la tête. On a échangé nos vues. Il cherchait un concept, c’est tout de même lui le créateur du Poulpe, il voulait une "bible" béton. Puis, il a exprimé le désir que je sois le directeur de cette collection, il me sentait bien dans le rôle. Je devais lui soumettre par écrit des idées, un cahier des charges à remettre ensuite aux auteurs pressentis. J’ai donc pondu une bible et il m’a dit qu’il y avait des choses à prendre et d’autres à fouiller encore. De son côté, il devait trouver l’éditeur, en fait il l’avait l’éditeur, fallait-il encore que l’idée de la collection plaise à ce dernier. Mais comme J.B. a toujours plusieurs casseroles sur le feu, le temps passait et le rock faut le battre quand il est chaud.
L’année suivante, au salon du livre de Paris, j’ai soumis l’idée au boss de la maison d’éditions Mare nostrum, un fan des New-York Dolls qui publie du polar depuis quelque temps. Et il a dit de suite banco. Voilà comment ça a démarré.

Cette collection a-t-elle un rapport avec le nouvel engouement des jeunes (souvent très jeunes d'ailleurs) générations pour le rock ?
Absolument pas. Je me fous des modes. Il y aurait un engouement pour le disco des origines, il ne me serait jamais venu à l’esprit de lancer une collection Polar Disco. C’est juste une histoire de feeling.
Les auteurs que j’approche sont de ma génération. On a bouffé du rock depuis tout petit. En 1976, quand les Pistols déboulent, on a 18 ans. Les mecs qui ont traversé les Seventies pendant leur adolescence et qui ont tripé sur le Rock’n roll ne peuvent pas en sortir indemnes. Ils sont marqués, d’autant plus pour des auteurs de polar.
Il y a un lien direct entre le roman noir et le rock, le rythme de l’écriture, le style nerveux, la puissance de feu, la violence, le sexe, la défonce, la poésie et d’autres ingrédients que l’on retrouve dans ces deux cultures.
Nos vieux faisaient du polar Jazzy, feutré, whisky et petites pépées. Nous, les héros de nos histoires s’envoient des rails et baisent les étoiles.

Quelles sont les particularités de cette collection ? Pourquoi le format carré par exemple ?
Carré comme une pochette de 45 tours, ou de CD 2 titres. Rapide, concis, immédiat, comme une novella (petit roman autour de 100 pages).
Le but est que le lecteur lise le texte d’une traite sans lâcher le tempo.

Le polar tout le monde connaît, c'est un genre qui ne se démode pas. Mais le polar rock, quels sont ses codes ?
La réponse est dans la formule, c’est comme le polar érotique. Il faut d’abord une histoire noire qui tienne la route. Ensuite qu’elle se situe dans un milieu qui suinte le rock. Ce qui ne veut pas dire que les protagonistes sont des musiciens, ou que l’énigme, s’il y a, se déroule dans une salle de concert. Il doit y avoir un lien, entre l’histoire, les lieux et les personnages, qui sonne rock. Ça peut être dans l’attitude, le look des personnages, le milieu dont ils sont issus.
C’est une alchimie, ça s’invente pas, tu es Rock ou pas.

Quand on dit "Polar Rock", il faut l'envisager au sens large, puisqu'il y a aussi une novella qui se passe dans le milieu de la techno et des musiques électroniques dans la série. C'est donc l'ambiance qui doit être rock'n'roll avant tout ?
Le cas de Un grand bruit blanc de Laurent Fétis est particulier.
Fétis est un clubbeur invétéré, la musique qui traverse son polar, c’est de la Techno trance, de l’Electroclash et du Digital Hardcore. Tout ça c’est samplé, bidouillé avec des sons électroniques, mais la base est foncièrement Rock.
Le principe de la collection est que chaque titre mette en scène une tribu appartenant à la grande famille du Rock. C’est vrai que pour le n°2, j’ai commencé par un extrême, juste avant une frontière. Dans les prochains, il sera question du Rock français des années 1970-1980 et du son garage tendance Seeds, Shadows of Knight et 13 Floor Elevator, puis un autre sur le mouvement Gothique et Psychobilly.
Il n’y a pas que l’ambiance qui doit être Rock’n roll, il y a aussi le style de l’auteur.

Question "rock'n'folk" : C'est quoi être rock en 2007 quand on est un écrivain de polar ?
Que Fleur de bagne, mon Polar Rock, remporte le Goncourt.

Quels espoirs placez vous dans cette collection ?
Au-delà du fait qu’elle décolle, et que l’on puisse ainsi passer la première année sans se casser les dents, l’espoir est de faire découvrir de beaux textes à travers une culture différente mais proche.
Les rockers ne sont pas ceux qui lisent le plus. Mais si j’arrive à aider à faire passer le témoin du polar dans ce bastion, qui est aussi le mien, alors je serai satisfait.

Propos recueillis par Maxence Grugier

Déjà parus :
Serial Loser de Pierre Hanot
Fleur de bagne de Serguei Dounovetz
Un grand bruit blanc de Laurent Fétis

A paraître :
Les portes du garage de Thierry Crifo

Nota : Jean-Bernard Pouy, Jérôme Leroy et Marcus Malte ont également accepté de signer un polar chez Mare Nostrum.





Sur Flu :

- - Lire la chronique de Serial Loser, le dernier né de la collection "Polar Rock".
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