Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles fêtent en beauté les 80 ans du peintre Pierre Alechinsky, originaire de la capitale belge. L’occasion d’une redécouverte de l’œuvre de l’ex-membre du groupe Cobra, dont l’intransigeance face à la liberté de représentation n’a pas faibli.
Jeunesse Cobra
Affichiste de formation, Pierre Alechinsky se définit lui-même comme « un peintre qui vient de l’imprimerie », ce dont atteste son talent pour la mise en page, qu’il remplit allègrement, et son usage systématique du papier. Issu d’une génération décidée à renverser tous les classicismes et fortement influencée par le surréalisme et la libération des consciences, l’artiste, né en 1927, rejoint très jeune, en 1949, le groupe CoBrA, qui compte également comme membres Karel Appel ou Asger Jorn, et qui prône en peinture « la liberté, la spontanéité et l’expérimentation ».
Si le groupe se dissout dès 1951, la ligne de conduite commune, pure et dure, marque à jamais ses membres, et rejoint l’esthétique des expressionnistes abstraits américains : ainsi la toile Les Grands Transparents (1958) est-elle travaillée au sol, comme le faisait Jackson Pollock, permettant la libération du geste. Pollock a-t-il influencé Alechinsky ? On retiendra surtout chez le peintre belge la révélation majeure de la calligraphie orientale, et à travers elle, l’importance du signe, la pratique de la peinture au sol, où, comme chez Pollock, le corps en mouvement signifie que la peinture n’est pas simplement la trace d’un geste, mais aussi le geste lui-même. Pour l’artiste, le brouillon n’existe pas, puisque chaque geste a un sens : « On ne choisit pas un contenu, on le subit », affirme-t-il.

Expérimentations
Défiant toujours plus les capacités plastiques du médium, Pierre Alechinsky réalise des lithographies, sculpte des livres et triture la représentation. A partir des années 80-90 apparaissent dans ses œuvres des estampages de mobilier urbain, notamment de bouches d’égouts ou de grilles d’arbres : Passerelle I ou Arènes (1986), montrent comment, comme dans le cubisme de Braque et Picasso, l’élément prélevé au réel prend sens.
Plus récemment, Alechinsky a entrepris des œuvres de très grand format, où il laisse libre cours à la figuration. Le Dit du vieux pinceau (2004), encre en trois panneaux sur papier de Chine, se présente comme une énigmatique bande dessinée. Enfin, dans Commissions et colloques (1994-2007), l’œuvre du peintre rejoint les constellations de Miró, aériennes et libres.
Expo : Alechinsky de A à Y
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
23 novembre 2007 – 30 mars 2008
Illustrations :
Pierre Alechinsky
- Alvéoles (détail), 1972, acrylique sur papier marouflé sur toile, 309 x 461 cm, collection particulière © ADAGP
- Passerelle I, 1986, acrylique sur papier marouflé sur toile, 270 x 500 cm, collection particulière © ADAGP
- Central Park, 1965, acrylique sur papier marouflé sur toile, 162 x 193 cm, collection particulière © ADAGP

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