Un demi-siècle après sa création à Broadway, la comédie musicale de Jerome Robbins West Side Story, chef d’œuvre né de la rue, trouve au Châtelet parisien un écrin parfait. Sur scène, 35 artistes complets, brillants danseurs autant qu'acteurs et chanteurs. Ils revisitent ce Roméo et Juliette urbain, mythique, avec fougue et font merveille, de la première à la dernière seconde.

Que celui -celle- qui n'a jamais versé de larme à la mort de Tony, devant le film culte de Robert Wise nous jette le premier pavé! West Side Story, c'est une oeuvre mythique, un condensé d'émotion et de grands sentiments, le tableau d'une jeunesse fulgurante et rebelle, d'une modernité à toute épreuve. Et rappelons-le, au commencement, avant même le long-métrage aux 10 Oscars, West Side Story était un musical. Jerome Robbins, danseur et chorégraphe au Ballet Theatre de New York et Leonard Bernstein, assistant du chef au New York Philarmonic Orchestra se rencontrent à l'âge de 25 ans. Premier acte commun de ce tandem hors normes, Fancy Free en 1944, puis la comédie musicale On the town. Dans l'esprit de Jerry Robbins naît, peu à peu, l'idée d'une version moderne de Roméo et Juliette, où les Capulet seraient des juifs, les Montaigu des chrétiens. Bernstein n'adhère pas. Il faudra attendre 1955 pour qu'une nouvelle mouture apparaisse, cette fois inspirée par un article du Los Angeles Times sur une guerre des bandes à New York. Arthur Laurents signe un livret, non pas dominé par le langage, mais où musique et mouvement sont des éléments essentiels du récit. La première représentation investit Broadway à l'automne 1957 et l’œuvre est adaptée au cinéma trois ans plus tard, avec le succès que l'on sait.
Pour célébrer, comme il se doit, le demi-siècle d'existence du spectacle, West Side se paie une tournée mondiale et le voilà donc à Paris qui, après Cabaret et Le roi lion, est devenue une escale obligée du genre.

Version fidèle à l'original
Le tout, dans une production qui respecte fidèlement la création originale: Joey Mc Kneely, chorégraphe et metteur en scène, ancien danseur de Jerome Robbins, a reproduit pas à pas la mouture signée du maître, disparu en 1998. Fait suffisamment rare pour être signalé: West Side se donne en V.O -avec surtitres- et ça change tout. Enfin, il a la chance d'être servi par une trentaine d'interprètes venus d'horizons différents, mais tous brillants dans chacune des disciplines qu'il touche. David Curry et Davinia Rodriguez, respectivement Tony et Maria sont tous deux chanteurs d'opéra -et ça s'entend- mais dansent plutôt bien. Lana Gordon, formée à l'Alvin Ailey American Dance Theater, alias Anita, fougueuse fiancée de Bernardo, est une danseuse hors pair, qui donne aussi de la voix et affiche une présence d'actrice ardente. Joyeusement coquine. Les autres ne déméritent pas... Sur scène, une façade d'immeubles avec incontournables escaliers de métal. Un décor mouvant qui occupe tout l'espace ou se fait plus discret pour concentrer l'action dans une chambre, un atelier de couture, ou au dancing. En fond, des projections de photos en noir et blanc de la Grosse Pomme.

Histoire d'amour impossible
Le destin d'une vingtaine d'adolescents, répartis en deux bandes rivales, les Jets, Américains d'origine polonaise et les Sharks, immigrés portoricains, tous épris de rêve américain, bascule en 36 heures. Au coeur de l'action, l'histoire d'amour impossible entre Tony, membre de la première, et Maria, issue de la seconde.
36 heures donc, 2h15 de représentation, une action concentrée, aux nombreux rebondissements. Un livret solide, peu de textes, beaucoup de chansons, et surtout le foisonnant langage des corps en action. Corps virevoltants, bondissants, élastiques presque. Deux scènes d'anthologie en matière chorégraphique: le prologue, quelque quinze minutes tout feu tout flamme, et l'affrontement au dancing où Jets blonds ou rouquins, cravatés très sixties et les métissés Sharks, en costumes chatoyants, se font face, à grands renforts de sauts, de tours et de mouvements virtuoses.
Splendide!
Les corps, donc, gracieux, aériens, divinement taillés, se font éléments capitaux dans l'expression tour à tour de la révolte fougueuse et de l'ennui de cette jeunesse, pour une intrigue qui porte en elle des thèmes universels et récurrents: racisme, intolérance, exclusion, violence, affrontement de clans dans des quartiers dits sensibles. Ici, l'upper west side de New-York. Au pupitre d'un orchestre de 24 musiciens, le parfait Donald Chan. L'ensemble se déroule en cinémascope, entre standards connus de tous (de Maria à Tonight en passant par America), notes classiques, rock ou mambo, envolées lyriques, grands éclats lumineux et duos dans la pénombre.
C'est prodigieux. Et immanquable.

West side Story
Théâtre du Châtelet, place du Châtelet. Jusqu'au 1er janvier.
01 40 28 28 00 ou sur le site internet (www)
Ressortie du film en salles le 21 novembre.

Illustrations © A.Ch. Wulz/BB Promotion

Nedjma Van Egmond




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