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La Commune sur Canal +

La révolu(fic)tion française est en marche


La Commune sur Canal +


Les lundis 26 novembre, 3, 10 et 17 décembre à 20h50 sur Canal+

Si on nous a rebattu les oreilles avec la fracture sociale, la voici mise en scène et corrigée à coup de barre de fer à chaque début de cicatrisation. Abdel Raouf Dafri nous transporte avec La Commune dans l’exploration urbaine de la société française comme on ne l’a encore jamais vue sur petit écran. Une bonne claque télé qui va vous rendre masochiste.

Si votre premier réflexe est de croire que Canal+ diffuse une nouvelle fiction historique portant sur l’époque de La Commune de Paris, détrompez-vous. Le seul point commun entre ces deux Communes là, c’est qu’elles sont, chacune dans leur domaine, des révolutions.
Bienvenue à La Commune donc.
Une cité dont le triste palmarès est de détenir les taux record en matière de chômage, de criminalité et de trafics en tous genres. On y fait la connaissance d’Isham Amadi, qui après vingt ans passés derrière les barreaux, regagne le quartier de ses origines, où réside encore son ami d’enfance, le caïd Housmane Daoud. Malheureusement pour eux, et pour les habitants de La Commune, un plan de destruction des tours visant à nettoyer l’endroit des « racailles » locales va bientôt être mis en place.
En s’engageant contre ce projet aussi politique que médiatique, Amadi monte l’avant-scène abritant l’impitoyable guerre de territoire qui l’oppose à son frère ennemi Daoud, auquel il reste lié par un meurtre commis durant l’adolescence.
Chacun œuvre dans l’obscurité des blocs pour faire main basse sur la cité, ou parfois plus simplement pour se sortir d’un espace à qui ils ont tout donné et qui leur a tout pris.
Une énième vision raccourcie de la banlieue diront les mauvaises langues. Et bien non, car c’est bien plus fort que ça : Ça ressemble à la banlieue, ça en a le goût et les caractéristiques, et pourtant c’est autre chose.

Une tragédie urbaine entre western et policier

Tout d’abord La Commune ne nourrit pas l’ambition d’être une série réaliste sur la banlieue, mais offre un nouvel imaginaire illustrant, de façon contemporaine la lutte de pouvoir qui oppose les Hommes depuis la nuit des temps.
D’ailleurs, plus qu’un lieu, La Commune est un personnage à part entière, une pieuvre qui retient vers elle tout ce qui est à sa portée. Les habitants deviennent alors les prisonniers d’un univers clos et étouffant dont la seule échappatoire semble être la mort. Ce monde en miniature, où s’ancre un condensé de l’Humanité se révèle comme un théâtre où chaque personnage est un combattant, acteur d’une tragédie urbaine mâtinée de western et de film policier. Mettre en scène ces trois genres en les combinant ? Pari risqué mais réussi.

Les bons (car il y en a quand même quelques uns…?), les brutes et les truands s’affrontent sans aucune pitié (sensibles à l’hémoglobine s’abstenir), tandis que l’affaire liée au crime rattachant Daoud et Amadi transforme chacun de nous en détective trop souvent sur la mauvaise piste. Le tout éclairé par les interventions d’un protagoniste indissociable des tragédies grecques antiques, le coryphée, remis au goût du jour par un Tomer Sisley assénant une philosophie aussi cynique qu’enthousiasmante, donne un résultat inédit des plus plaisants.
Combinaison de genres donc, à laquelle s’ajoute une combinaison des personnages qui sont autant de nuances de gris qui composent ce microcosme si noir. Mis en lumière par des gueules quasi inconnues du grand public, chaque acteur dépouille son jeu de toute fioriture et endosse son rôle comme un costume sur mesure. Méchants, fourbes, manipulateurs, désespérés ou corrompus, chaque interprète est à sa place, et sert à sa très juste mesure la mise en scène lyrique de Philippe Triboit. Soutenue par un rythme jamais exploité auparavant, celle-ci s’appuie non seulement sur un espace-temps propre à La Commune, qui absorbe le spectateur comme il absorbe les personnages, mais aussi sur des dialogues aussi percutants qu’un tir de mitraillette.

Une série 100% addictive

Ainsi, les répliques font mouche non sans nous rappeler le style d’un certain Michel Audiard. Abdel Raouf Dafri tonton flingueur de La Commune ? Peut-être. D’ailleurs, elle a beau être une fiction dont la gaité s’apparente à celle de « Oz », chaque épisode de La Commune donne à rire au moins une fois au détour d’une phrase inattendue sortie des moments les plus tragiques. Décidemment cette nouvelle fiction aurait-elle tout bon ? Une intrigue aux ramifications qui vous gardent toujours sous tension, des dialogues bien sentis, des acteurs convaincants, une réalisation novatrice : elle est pas belle la révolution ?
La mécanique de cette série 100% addictive marche à merveille et fait du téléspectateur un otage balloté entre chaque diffusion.
Ainsi, Canal+ reste fidèle à sa politique de création de fictions modernes « hypers réalistes », et marque un énorme point dans ce domaine. Car La Commune est LA lumière au bout de la petite lucarne, une matérialisation de ce qu’on n’osait plus attendre de la fiction française.
Reste à espérer que ce programme décomplexera les auteurs de fiction française, qui verront là l’occasion de profiter de la brèche ouverte par Dafri, pour redonner du souffle à un genre télévisuel moribond…

Diffusion tous les lundis à 20h50 à partir du 26 novembre 2007, à raison de deux épisodes par soirée.
Série réalisée par Philippe Triboit
Avec Tomer Sisley, Francis Renaud, Doudou Masta, Angela Molina, Alain Doutey, Stéphane Debac, Patrick Descamps, Stefano Cassetti, Samira Lachhab, Tahar Rahim, Pascal Elso…

Crédits photos : Lahcene Abib / Canal+ / Tetra media

Florence Chartier

<<< Entretien avec Abdel Raouf Dafri   |

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