Tandis qu’au même moment a lieu au Quai Branly une exposition majeure sur la magnificence du royaume de Bénin, la réalisatrice Claire Denis, née au Cameroun, a imaginé une exposition « sensorielle » multimédia sur le thème de la diaspora africaine, dont le propos se veut résolument optimiste et tourné vers l’avenir.

A rebours d’un récent discours présidentiel aux lourds relents néo-colonialistes selon lequel, dans l’imaginaire africain, « il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès » et où « jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir » (sic, discours du 2 juillet 2007 à Dakar), Claire Denis, enfance africaine et filmographie largement consacrée aux métissages, donne la parole à des artistes (et à un footballeur) pour démontrer le contraire, sans paternalisme ni fausse bienveillance. Car grâce à la diaspora africaine, synonyme d’arrachement et de douleur, ont surgi en Europe comme en Amérique de nouvelles formes artistiques, dont il ne s’agit pas ici de faire le recensement, mais plutôt d’en esquisser de manière diluée la signification actuelle.

L’exposition est assez sommaire, et son parcours peu clair, nécessitant de la part du visiteur un itinéraire complexe, dans une semi pénombre. Dès l’entrée, une longue frise photographique d’Agnès Godard, directrice de la photo sur la plupart des films de Claire Denis, illustre la chaîne humaine qui lie chacun de nous à une diaspora africaine originelle, dans un mouvement ininterrompu, évoquant la chronophotographie d’un Etienne-Jules Marey. Au fil de la déambulation nous guident la voix et le visage du footballeur guadeloupéen Lilian Thuram, filmé par Claire Denis. Membre du collectif « Devoirs de mémoires » et du Haut Conseil à l’Intégration, connu pour ses déclarations contre les expulsions de sans-papiers, le sportif délivre sa pensée limpide et réaliste pour dépasser la trop fréquente victimisation des Africains, et appelle à une responsabilisation de tous.

Puis, sons et images se répondent pour former une esquisse sensorielle, comme un vague souvenir d’Afrique : robes africanisantes du couturier John Galliano, marqué par un exotisme flamboyant mais parfois caricatural, ambiances sonores de Caroline Cartier et Jeff Mills, ou plongée en apnée dans le lac Nasser, grâce à l’installation vidéo de Yousry Nasrallah, Le Fond du lac. La danse, élément majeur de l’influence artistique africaine au XXe siècle, est également présente grâce à une vidéo de la chorégraphe Mathilde Monnier : la quadruple projection Dans tes cheveux montre une danseuse qui mime douloureusement les danses du ghetto Harlem des années 20. Se projetant dans l’avenir, Jean-Pierre Bekolo, cinéaste d’origine camerounaise enseignant aux Etats-Unis, propose dans une installation futuriste de propulser Une Africaine dans l’espace, pour une « diaspora africaine contemporaine ».

Habilement, la scénographie poreuse de Diaspora permet de pénétrer dans un espace contigu, où sont présentés les arts anciens du royaume de Bénin. Dans un efficace jeu d’aller et retour entre le passé et l’avenir, on y découvre les liens anciens, déjà complexes, entre l’Europe et l’Afrique, quand dès la fin du XVe siècle débutent les échanges commerciaux (notamment la traite des esclaves) et les emprunts artistiques croisés. Là aussi, comme le dit l’arrière de l’équipe de France de football, l’histoire reste encore à écrire, pour le devoir de mémoire.

Diaspora. Exposition sensorielle

Bénin. 5 siècles d’art royal

Au Musée du quai Branly
2 octobre 2007 – 6 janvier 2008

Illustrations :

Une africaine dans l'espace (détail), Jean-Pierre Bekolo, © Musée du Quai Branly
Le fond du Lac, Yousri Nasrallah, © Musée du Quai Branly
Dans tes cheveux, Mathilde Monnier, © Musée du Quai Branly

Magali Lesauvage



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