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Palme d’or méconnue (1973), L'Épouvantail n’est pas seulement une belle histoire dotée d’une conscience politique. C’est aussi un grand film de cinéma, dont la remarquable mise en scène tire le meilleur parti du talent de ses comédiens. Un petit chef-d’œuvre. Emouvant et intelligent.
Pour survivre, les hommes ont besoin d’un rêve, aussi dérisoire soit-il. En peignant l’Amérique des exclus grâce à une succession de petites scènes, vécues ou racontées, Jerry Schatzberg dessine une société fondée sur la violence. En toute logique, c’est au bord de la route que Lion (Al Pacino) rencontre Max (Gene Hackman) dans une ouverture aux couleurs de western qui évoque clairement les origines du mythe US. Dans chaque paysage (urbain, desert, chemin de fer, etc.), la réalisation révèle, à l’horizon, les lignes de fuite que ses deux petites frappes seront bientôt obligées de suivre. Mis au ban d’une société où la violence physique est l’unique réponse au sentiment d’injustice, leur route ne peut pourtant mener qu’à une impasse.
Cette dimension politique aurait pu suffire. Elle est, en plus, sublimée par la magnifique interprétation d’Al Pacino, inventif et malin, et de Gene Hackman, ours mal léché plus tendre qu’il n’y paraît. Bien sûr, en « faisant la route » ensemble, vers l’Est, à l’envers d’un rêve américain qui leur échappe, ils apprendront à se connaître. Et si le schéma du duo mal assorti est un grand classique dont on peut se méfier, l’art et la manière de le mettre en scène, en fait un récit unique dont la puissance émotionnelle reste intacte 35 ans plus tard. Celle-ci culmine dans la scène de la fontaine où l’angoisse naît de l’intrusion de sons discrètement discordants et d’une image qui se resserre peu à peu sur les visages sculptés d’anges menaçants. Audacieux et terrifiant baptême final qui fait écho, sans porter de jugement, au discours religieux et culpabilisant qui précède.
Dans ce magnifique hommage à l’Amérique des damnés, la métaphore de l’épouvantail (faire rire plutôt que peur) résume joliment le point de vue d’un réalisateur qui semble toujours croire en l’homme et en sa capacité de changement. Malgré tout. A (re)découvrir de toute urgence.
L'Épouvantail
De Jerry Schatzberg
Avec Al Pacino, Gene Hackman
Sortie en salles le 14 novembre 2007 (reprise)

© Warner Bros.