Cinquante ans qu’il est mort ! Qui ? Sacha Guitry, vous savez, auteur de pièces ringardes et cinéaste génial. C’est du moins ce que la postérité en a fait. À tort ? À raison ? Avec une rétrospective de ses films assortie d’une exposition retraçant sa vie d’esthète et d’homme du monde, sa carrière d’auteur (de bons mots, entre autres) et sa passion de collectionneur, avec une demi-douzaine de spectacles de ou sur Guitry, on va pouvoir juger sur pièces…

Cela fait donc cinquante ans qu’il est mort… À bien considérer, il pourrait avoir vécu hier ou il y a un siècle car Guitry, qui a vécu dans un hôtel de l’Ouest parisien, environnés de toiles et de sculptures de maîtres, peut aussi bien être tenu comme un esthète un tantinet décadent que comme un artiste de la modernité, précurseur de la nouvelle vague, admiré par Truffaut et que les cinéphiles d’aujourd’hui peuvent porter au pinacle. A contrario, à la notable exception de Daniel Benoin qui, au théâtre de Nice, a mis en scène Le Nouveau testament, son théâtre ne sort jamais du circuit du boulevard parisien. Il faut bien admettre que l’entreprise de Daniel Benoin semble une gageure tant le théâtre de Guitry a été capté par la tradition boulevardière. Il faut dire que ce théâtre paraît ne demander pas mieux qu’un canapé, une paire de fauteuils Louis XVI, des actrices sémillantes et des acteurs virtuoses du bon mot.

Et pourtant lorsqu’on voit Guitry se mettre lui-même en scène ou faire jouer ces génies que sont Michel Simon, Pauline Carton ou Gaby Morlay, on est saisi par une intemporalité qui se dégage de ses films, au delà des lorgnons et costumes trois pièces, des fourrures et des fume-cigarettes. Quel est ce prodige ? Peut-être que, fondamentalement maniériste, il fait en sorte que le spectateur en vient à oublier le contexte tout ébaudi q’il est par le génie des dialogues et de la mise en scène. Quelle expression que celle de l’art pour l’art décrirait mieux cette œuvre paradoxale où le geste le plus futile, le signe le plus anodin est poussé à son paroxysme ? Le référent s’y efface au profit de la forme : l’exercice de style prend le pas sur une réalité dont la facticité est alors soulignée.

Et aujourd’hui, la prolifération de manifestations consacrées à Guitry renforce cette impression. Voilà pourquoi Aux deux colombes que Jean-Laurent Cochet a mis en scène laisse l’impression assez navrante que l’on ne peut réaliser du Guitry sans Guitry, surtout quand, comme Cochet, sans en posséder le charme diabolique, on en imite pourtant le ton et l’élocution. Pour autant, certains de ses films, notamment ceux dans lesquels il ne joue pas, comme La Poison, abandonne la veine boulevardière pour décrire des rapports humains d’un autre âpreté. On peut regretter que l’exposition présentée à la Cinémathèque néglige (et c’est un comble) l’œuvre cinématographique pour se concentrer sur la lignée familiale (Sacha est fils de Lucien, grand acteur de la Belle Époque, lié aux artistes les plus prestigieux de son temps), la place que Sacha occupe dans le Tout Paris, sa passion de collectionneur qui l’a conduit à couvrir les murs de son hôtel de tableaux de maîtres, son inventivité et sa propension à utiliser tous les médias (publicité, radio, télévision). Mais, il faut dire qu’au même moment, cette même Cinémathèque programme l’ensemble de sa filmographie, et sans doute que ses films parlent d’eux-mêmes…

À la Pépinière opéra :
Aux deux Colombes,
Mis en scène et avec Jean-Laurent Cochet

Au Théâtre Édouard VII :
Rens. : 01.47.42.59.92.

Mon père avait raison ,
Mise en scène de Bernard Murat avec Alexandre et Pierre Brasseur, Chloé Lambert

Un type dans le genre de Napoléon ,
Mise en scène de Bernard Murat avec Martin Lamotte et Florence Pernelle

Faisons un rêve ,
Mise en scène de Bernard Murat avec Michèle Laroque et Pierre Arditi (quatre représentations seulement, diffusion sur France 2).

À la Cinémathèque française :
Exposition : "Sacha Guitry, une vie d’artiste" ainsi qu’une rétrospective intégrale de l’œuvre filmée.
Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012, jusqu’au 31 janvier.

Illustration:
Aux deux colombes © Claire Besse

Julie de Faramond



Sur Flu :
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- Lire le billet sur la retrospective Sacha Guitry à la cinémathèque


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