le lobby des éditeurs sans candidat
Après l'industrie musicale ou cinématographique c'est au tour du jeu vidéo de se lancer dans le financement de la campagne américaine. Soucieux de maintenir son lobbying actif, le syndicat des éditeurs américains a en effet décidé de financer les candidats favorables aux jeux vidéo. Tout le problème étant d'en trouver un.
L’Entertainment Software Association regroupe les éditeurs et développeurs de jeux vidéo des Etats-Unis. Puissants ou modestes, ils sont liés par ce syndicat qui défend leurs intérêts avec toute une batterie d’avocats très actifs.En effet, l’Amérique est souvent le théâtre, Etat par Etat de propositions de lois contre les jeux dits violents afin d’en interdire la vente aux mineurs, ou de les faire classer comme les œuvres pornographiques, hors des rayons. Souvent jugée anticonstitutionnelles par les tribunaux, elles nécessitent toutefois l’intervention d’un avocat mandaté par l’ESA.
En plus des sénateurs puritains et des députés réactionnaires, s’ajoutent les associations de parents ou les individus qui cherchent à exploiter le système judiciaire américain pour obtenir des dommages et intérêts colossaux sur le moindre désagrément.
L’ESA a décidé d’entrer dans une dynamique de fonds privés pour le financement des campagnes électorales.
D’ici fin mars, un Political Action Commmittee (PAC) aura été établi. Il aura pour fonction de verser de l’argent aux candidats favorables aux jeux vidéo. La somme débloquée oscillerait entre 50.000 et 100.000$ pour des candidats de niveau national. A titre de comparaison, ce budget est équivalent à ceux de l’industrie cinématographique et musicale.
Néanmoins, à cause de limitations légales, l’ESA ne pourra verser plus de 5000$ directement à un candidat.
Hillary Clinton, traditionaliste
Michael Gallagher, directeur de l’ESA déclare au NYT "Nous rédigerons des chèques aux campagnes d’ici la fin de ce trimestre. C’est une étape importante dans le processus de maturité politique de l’industrie, que nous nous sommes prêts à dépasser maintenant. Il est question d’identifier et soutenir les hérauts de l’industrie du jeu sur Capitol Hill, afin qu’ils nous soutiennent nous."
Selon Gallaguer, ces dons sont nécessaires pour obtenir une crédibilité auprès des politiciens et leur faire comprendre que l’ESA est derrière eux.
Le PAC opèrera en synergie avec l'ESA, notamment pour certaines actions légales. Il soutiendra aussi le Video Games Voters Network, une association de plus de 100.000 votants américains ayant décidé de se réunir contre les politiciens qui promeuvent des lois en défaveur du jeu vidéo.
Dans le contexte actuel de campagne électorale, qui bénéficiera vraiment de cette aide ? Hillary Clinton est connue pour sa position traditionaliste depuis longtemps. Un propos qui rejoignit plusieurs fois ceux du procureur Jack Thompson, le champion de la guerre contre les jeux violents, la Némesis de Grand Theft Auto.
Barack Obama consensuel
Qui reste-t-il ? Obama pourrait percevoir son chèque, s'il n'avait pas récemment réitéré le soir de sa victoire au Wisconsin une déclaration d'avril 2006.
"Nous allons nous acquitter mieux de notre devoir de parent, en éteignant la télévision, en posant les jeux vidéo ailleurs et en instillant un sens de l'excellence dans nos enfants. Cela prendra du temps."
Une phrase déjà utilisée la veille à l'université de Youngstown.
Le fainéant regarde la télévision et passe son temps devant les jeux vidéo. Faisant consensus avec l'opinion publique, Obama sécurise des voix avant tout et rode ses maximes de pol-marketing.
McCain et Lieberman restent fidèles à leur conservatisme, sachant que Liberman est connu pour avoir de nombreuses fois soutenu des projets de loi anticonstitutionnels à l'encontre des jeux vidéo.
L'initiative de la PAC semble, même auprès des plus progressistes, perdue d'avance. Difficile en effet de défendre l'habituel bouc émissaire auprès des masses sans y laisser de précieux votes.
Si les politiciens regardent ailleurs quand les jeux vidéo leur font du pied, les jeux vidéo, eux, ne les oublient pas. Plusieurs jeux satiriques sont déjà sortis depuis le début de la campagne, avec une prédilection pour le web et les téléphones mobiles. Presidential Paintball, Battle for the White House et dernièrement White House Rumble montrent à quel point les dernières élections sont entrées dans la culture populaire.
Alors que les candidats en place s'affrontent dans des joutes oratoires en-dessous de la ceinture, leur homologues de pixels règlent leurs comptes à travers le Noble Art, ou esquivent les billes de peinture.
Si la politique n'est pas un jeu, le jeu politique, en revanche, porte étrangement bien son nom de l'autre côté de l'écran.

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