Avec Star Wars Le pouvoir de la Force, la franchise à œufs d’or de George Lucas se voit doté d’une nouvelle rustine. Qu’a fait Vader entre l’épisode III et IV ? Siroté des daiquiris sur Tatooine ? Fait du ski de fond sur Hoth ?
Le pouvoir de la force est en fait l’explication définitive à l’éradication des Jedis par Vader, un épisode homologué qui balaie toute spéculation. Le jeu est-il à la hauteur du mythe trentenaire dont il devient le pivot essentiel, entre deux époques qui divisent les fans ?

Le pouvoir de la Force démarre fort dans la séduction nerd. Darth Vader, à peine le pied posé sur le sol, fait voleter des Wookies d’un revers de main. La lourdeur de sa personne robotisée n’a d’égale que l’efficacité de ses pouvoirs.

Passée la satisfaction immédiate, le scénario s’installe et l’Apprenti prend le relai, chargé de la basse besogne dans le grand plan d’épuration Jedi. Le nettoyage par le vide commencera pourtant à la chiffonnette citronnée, car l’Apprenti n’a pas la même envergure que son mentor. Tout du moins au début.

De niveau en niveau, on remarque avant le gameplay le soin extrême apporté aussi bien au personnage, qu’aux décors. La grandeur et le foisonnement de l’univers Star Wars tel qu’on le percevait dans les premiers épisodes des 80’s reprend vie.
La tri-préquelle et sa surcharge d’effets spéciaux n’auront pas réussit à tuer la magie d’une cosmologie riche. A travers les créatures dotées de la Force, ou les plantes défiant les lois de la botanique, on retrouve un peu de cette spontanéité originelle que Lucas mettait dans son œuvre.

Le pouvoir de la Force est en effet plus proche de l’ancienne trilogie. Costumes, lieux, personnages, sont dans le prolongement direct de cette direction artistique, tout en se rapprochant de l’esthétique ambitieuse développé par la pré-suite. En ce sens, il évoque Knights of the Old Republic par sa qualité et son réinvestissement pertinent. La franchise est respectée à la lettre, malmenée ce qu’il faut, et le scénario connait peu de lacunes.

Le gameplay en lui-même est d’une fluidité grisante, la montée en pouvoir de l’Apprenti se fait ponctuellement, naturellement. Les affrontements sont jouissifs, principalement grâce aux moteurs Euphoria et DMM, qui gèrent avec brio l’IA et la destruction des décors.
Ces deux innovations technologiques passent inaperçues dans le feu de l’action et c’est ce qui démontre leur parfaite intégration. Elles sont présentes mais se font oublier au profit du divertissement.

La maniabilité sert les mécanismes de jeu de manière efficace. Globalement. En effet, la visée automatique des pouvoirs est très approximative, et le contrôle des objets saisis par la Force avec les deux sticks est plutôt fastidieux. A la fluidité des combos, de la flexibilité surprenante des capacités spéciales qui s’enchaînent de façon contextuelle, s’oppose la rigidité de la télékinésie. On aurait pu espérer un système inspiré de Psi-Ops, mais les développeurs ont opté pour une précision toute relative.
C’est regrettable, sachant que le jeu regorge de mini-énigmes bien trouvées, qui dépendent de ce pouvoir, et titillent notre vigilance par une chasse aux bonus cachés.

Même en passant outre ce choix de maniabilité contestable, Le pouvoir de la Force est aussi affligé d’une difficulté à deux vitesses. Alors que les 3/4 du jeu sont d’une facilité déconcertante de par les bonus de vie qui tombent à chaque victoire, certains passages agacent. Les pics de challenge soulignent d’autant plus les quelques rares bugs du jeu. Ennemis invincibles, chutes infinies dans le vide, plateformes immatérielles. L'ensemble pêche dans ses finitions.

En dépit de ces défauts de conception, Le pouvoir de la Force étonne par sa richesse graphique et son plaisir de jeu immédiat. Bien que des scènes mémorables comme le crash d’un croiseur, provoqué par votre seule volonté, soient entachées d’une maniabilité ridicule, elles restent ahurissantes. La démesure perçue dans la science fiction débridée des débuts trouve ici une expression certes littérale mais jubilatoire.

Parvenant à mêler grand déballage visuel et enthousiasme juvénile, le jeu parvient à synthétiser le meilleur de Star Wars. Il ne fait pas que lier, il réconci-lie avec talent deux trilogies en conjuguant leurs atouts : Spectaculaire et naïveté.
Plutôt qu’un chaînon manquant, Le pouvoir de la Force est à considérer comme une pierre de faîte sur l’édifice d’un mythe.

Star Wars : Le pouvoir de la Force
Développeur : LucasArts Entertainment
Editeur : Activision
Sortie en France : 19 septembre 2008

Rémi Vermont




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