L’emprise physique et psychique du vampire, sa quête de chair fraîche, laissent toute place au fantasme et à la métaphore. Le cinéma ne s’est pas privé de leur donner corps. On ne fera pas ici la liste des films érotiques à tendance vampiriques, d’autres sites le feront mieux que nous. On s’attardera en revanche sur quelques cinéastes qui ont su apporter quelque chose à cette évidence pure : le vampire est une créature sexy.

Paul Morrissey, qui fut d’abord l’assistant d’Andy Warhol à la réalisation de ses films contemplatifs, se lance à la fin des années 1960 dans la mise en scène. Il réalise De la chair pour Frankenstein en 1973 et Du sang pour Dracula en 1974. Dans tous ses films, la sexualité est présente, au cœur de ses narrations les plus ténues. Avec Dracula, il utilise ce comte en mal de sang frais, aux prises avec une bourgeoisie dans laquelle plus aucune jeune femme n’est vierge, ce qui pose de sacrés problèmes à Udo Kier, génial de grandiloquence maîtrisée dans le rôle-titre. Avec sa mise en scène sophistiquée, ses situations comiques et son côté fripon contrarié, sans doute un des Dracula les plus dandy de l’histoire.

Sa version féminine, en plus grave et envoûtante, pourrait se trouver dans Les Lèvres Rouges, réalisé en 1971 par Harry Kumel. La grande Delphine Seyrig y interprète la comtesse Bathory, particulièrement avide de jeunes femmes fraîches, ce qui lui vaut la jalousie de sa fidèle compagne. Ce vampire qui parle féminisme, et tente d’émanciper une femme par la découverte de l’homosexualité est une des nombreuses variantes à tendance pamphlétaire et érotique propre aux années 1970. Tout en suggestion, avec un penchant volontiers surréaliste, ce film déploie une immense sensualité.

Impossible enfin d’aborder les vampires érotiques sans évoquer les deux cinéastes qui leurs ont consacré leurs vies : Jess Franco et Jean Rollin. Le premier est espagnol, et s’est lancé dans le cinéma par la musique. Compositeur, féru de jazz, il se lance à partir des années 1960 dans une production frénétique de films (il en serait à plus de 160), touchant un peu à tous les genres, mais surtout à l’érotique et au porno. Les vampires tiennent ainsi une grande place dans sa filmographie, avec par exemple La fille de Dracula (1972), Les nuits de Dracula (1970), les géniaux La Comtesse aux seins nus (1973) et Vampiros Lesbos (1971). Jess Franco est un véritable cinéaste pop, et si ses films s’inscrivent dans le genre érotique par leur usage de la nudité et de la sexualité, ils sont le plus souvent des poèmes psychédéliques, où le montage est musical, et les mouvements de caméra volontiers pulsionnels. D’où un usage immodéré du zoom avant, très figuratif….

Bien plus monomaniaque, Jean Rollin, qui débute en France dans les années 1960, voue sa carrière riche d’une cinquantaine de films à mêler l’érotisme au mythe vampirique. Par ses décors et l’ambiance de ses films, ultra sérieuse, Jean Rollin crée un univers unique, baroque et nébuleux comme un rêve, seulement alourdi par des dialogues et un jeu d’acteurs souvent douteux. Parmi ses films les plus connus : La Vampire nue (1970), Le Frisson des vampires (1971), Le Viol du vampire (1967), La Fiancée de Dracula (2002)…

Illus.1 : Du sang pour Dracula, Paul Morrissey
Illus.2 : Affiche de La vampire nue, Jean Rollin
Illus.3 : Les Lèvres rouges, Harry Kumel

Sources :
Radio : Distorsion, Radio Campus Paris 93.9 FM
Livres : Jess Franco, Energies du fantasme, Stéphane du Mesnildot, Coll. « Raccords », ed. Rouge profond

Laurence Reymond




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