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Petite histoire des vampires au cinéma (6/7)
Il vit essentiellement la nuit, s’habille plutôt en noir, porte des lunettes noires, souffre d’addiction, est toujours en quête de nouvelles proies, se nourrit des autres : si cette définition correspond à la vie et à l’allure du vampire, elle s’applique aussi à d’autres types, bien réels, de personnages. Le vampire, un artiste comme les autres ?
Lorsque Tony Scott réalise Les Prédateurs (The Hunger) en 1983, sorte de manifeste de la société de communication encore en devenir, sans doute ne soupçonne-t-il pas l’aspect totalement visionnaire de son film. D’une grande vulgarité esthétique (on est dans un monde de pub, maintenant ! semble-t-il nous jeter à la face), le film suit un couple de vampires embourgeoisés, Catherine Deneuve et David Bowie, pris en pleine crise d’ennui pour lui et de redécouverte du désir pour elle. Métaphore sexuelle, le vampirisme des personnages, c’est leur manière de rester en contact avec leur époque, grand problème de l’immortel. L’idée géniale du film étant d’avoir choisi David Bowie, artiste sans âge et bien de son époque, dans le rôle du vampire. Qui plus que lui a su assimiler les innovations musicales, et les faire siennes ? Parfait acteur, chanteur, compositeur, show man, il incarne mieux que quiconque cette consanguinité vampirique de l’artiste avec son temps. Pour interpréter Andy Warhol dans Basquiat, Julian Schnabel n’aurait pu trouver mieux.
Avec ses films qui fonctionnent à la fascination pure (Empire, Kiss, Sleep….), son besoin avide de chair fraîche autour de lui, sa part de mystère, ses origines hongroises, Andy Warhol est, comme le suggère l’auteur Stéphane du Mesnildot, sans aucun doute LE vampire majeur du XXeme siècle. Alors que le Velvet Underground chante dans Heroin, ces paroles dignes de Nosferatu et de son fameux pont qui sépare le vivant des fantômes :
«I which that I was born a thousand years ago
I wish that I’d sailed the darkened seas
On a great big clipper ship
Going from this land to that »
« J’aurais voulu naître il y a mille ans
Parcourir les noirs océans
Sur un grand navire à voiles
Aller d’un rivage à l’autre »
Warhol ne l’a-il pas fait ?, lui qui a tout de même survécu à la mort (une bale qui lui traversa rien que le poumon, la rate, l'estomac, le foie et l'œsophage).
Dans son château fort à lui, la Factory, Warhol et ses goules ont instauré le vampirisme comme mode de vie, au grand jour. Nous rappelant qu’au pays des vampires dandys, le maître se nomme Andy.

Illus.1 : Andy Warhol
Illus.2 : Les Prédateurs, Tony Scott
Illus.3 : Phantom of the Paradise, Brian De Palma
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