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Petite histoire des vampires au cinéma (5/7)
Fini la période des séries de films de vampires, l’âge classique du cinéma de studio est mort. Mais pas les vampires, évidemment. On les retrouve donc disséminés chez de nombreux cinéastes, pas toujours spécialistes des films de genre. La fascination pour ce personnage hors norme fonctionne toujours à plein.
Mais de nombreux cinéastes se sont aussi intéressés au vampire pour se confronter au mythe : John Landis dans Innocent Blood, John Carpenter dans Vampires, Robert Rodriguez dans Une Nuit en enfer, Tobee Hooper dans Les Sorcières de Salem. De manière plus personnelle encore, David Cronenberg a livré des variations particulièrement perturbantes dans un genre que l’on ne peut que nommer d’angoisse-vérité avec Rage en 1974 et Frissons en 1976. Il faut aussi absolument redécouvrir un film rare de George A. Romero, l’inventeur des morts-vivants, qui nous offre dans Martin (1978) un personnage mémorable. Martin est un adolescent obsédé par le vampirisme. Au début du film, on le voit, dans un train de nuit, attaquer une jeune femme, pour boire son sang, en lui tranchant les veines avec une lame de rasoir. Son oncle, très croyant, le prend chez lui pour tenter un exorcisme, mais le problème n’est pas Satan, ni Dracula… Cinéaste très engagé, Romero signe ici un portrait radical de l’Amérique des années 1970 bien plus qu’un film d’horreur.
Le vampire à l’ère du cinéma moderne, c’est aussi une créature qui connaît bien sa propre histoire et son folklore, tout comme le spectateur. Au moins deux films majeurs travaillent le mythe dans toute sa profondeur historique, un siècle déjà. Francis Ford Coppola a sans doute donné naissance à l’adaptation la plus réussie, ambitieuse et personnelle du roman de Stocker avec Bram Stoker's Dracula en 1992. Soulignant le lien profond qui unit le mythe au cinéma, Coppola projette son personnage dans une foire du début du XIXeme siècle, où sont présentés les prémices du cinématographe ainsi même qu’une projection des frères Lumière. Ni présent, ni passé, ou peut-être les deux à la fois, se nourrissant du réel tout en restant insensible au temps, Dracula pourrait bien faire partie de l’exposition.
Autre film à penser le vampire dans l’Histoire, Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog (1979) est un des chefs d’œuvre du cinéaste allemand. En utilisant la musique de Wagner et de nombreuses références à la peinture, Herzog identifie le vampire à une créature non seulement romantique, mais issue du romantisme. À la fois plongée dans le patrimoine cinématographique allemand, cette relecture fidèle (quasiment plan par plan le film de Murnau) surprend : Herzog livre un film très lent, aux couleurs pastelles, semblant ne pas se soucier des possibilités techniques qui lui sont offertes. S’il recherche une épure propre aux origines du cinéma, il produit pourtant des ruptures qui assument sa contemporanéité : la présence de Popol Vuh dans la BO fait ainsi résonner la grande culture allemande et le krautrock le plus abouti. Le résultat est proprement sidérant.

Illus.1 : Vampires, John Carpenter
Illus.2 : Bram Stoker's Dracula, Francis Ford Coppola
Illus.3 : Nosferatu, fantôme de la nuit, Werner Herzog
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