Phénomène cyclique, la mode des films de vampire s’éteint aux Etats-Unis pour renaître et de manière flamboyante en Angleterre, par la grâce d’un studio : la Hammer et d’une révolution esthétique : le Technicolor.

Avec ses techniciens de grand talent, son réalisateur-maison Terence Fischer, tenant d’une certaine virtuosité baroque, les dirigeants du petit Studio Hammer ont créé une micro-révolution au sein du cinéma anglais des années 1950-60, plutôt bon chic bon genre. Après avoir racheté à la Universal les droits de tout son bestiaire fantastique (Frankenstein, Dracula, la Momie, Le Loup Garou…), les Anglais ajoutent un ingrédient de poids : la couleur. Après The Curse of Frankenstein en 1957, Le Cauchemar de Dracula en 1958 se révèle être une des plus belles adaptations du roman de Stocker, encore à ce jour. Peter Cushing en Van Helsing et Christopher Lee en Dracula donnent une énergie nouvelle, une sensualité et un érotisme qui n’ont plus rien de suggéré. Le sang est désormais rouge, la chair déchire l’écran grâce à l’invention du technicolor. La sensualité déborde de partout. Le film retrouve par ailleurs la construction épistolaire propre au roman et jusque-là négligé par le cinéma. Enorme succès public, c’est reparti pour un tour : les années 1960 croulent sous les monstres anglais.

Christopher Lee restera un temps fidèle au film original, et refusera les suites multiples, dont la popularité ne tient pourtant pas bien longtemps. Au milieu des années 1960, le souffle artistique commence à s’épuiser à la Hammer, et les films s’enchaînent sans renouveau. Christopher Lee retrouve finalement le personnage de Dracula pour des films aux scénarios calamiteux, de plus en plus érotiques (Dracula et les femmes en 1968, Dracula 73 en 1972, etc…). A partir des années 1970, face au développement et au succès des films d’horreur nouvelle génération, comme par exemple Massacre à la tronçonneuse, les vampires de la Hammer semblent bien désuets. On notera tout de même la dernière et touchante interprétation du comte par Christopher Lee, dans le film français d’Edouard Molinaro, Dracula Père et Fils (le fils étant tout de même interprété par Bernard Menez) – une comédie très réussie sur le thème oedipien.

La Hammer génèrera tout de même un folklore qui s’exporte dans le monde entier, comme dans le cinéma italien, très productif, où Mario Bava signe plusieurs adaptations ou variations sur le thème vampirique, comme Le masque du démon en 1960, Hercule contre les vampires en 1961 ou la La planète des vampires 1965. Le cinéma mexicain a aussi une belle production de films de genre, et un personnage fétiche récurrent, le catcheur masqué Santo, qui en dehors des méchants et des extra-terrestres, ne manque pas d’affronter des Vampires dans Santo contre le Trésor de Dracula (1968, René Cardona). Phénomène unique, la Hammer ira jusqu’à produire un hybride entre son film de vampire et le film de kung fu, en s’associant avec la Shaw Brother pour La Légende des 7 vampires d’or, une bizarrerie complète.

Sorte de funérailles du studio en fanfare, Roman Polanski rend un bel hommage à la Hammer avec Le bal des vampires en 1967 (c’est son 4eme long-métrage), parodie hilarante qui exploite tous les éléments du folklore vampirique : Transylvanie neigeuse, gousses d’ail aux portes, Van Helsing décoiffé, comte Dracula aristocrate et envoûtant, et belles et innocentes villageoises, et où le personnage principal, interprété par le réalisateur, est l’assistant froussard et incapable de Van Helsing.

Illus.1 : Dracula et les femmes, Freddie Francis
Illus.2&3 : Le cauchemar de Dracula, Terence Fisher

Laurence Reymond




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