Texte d'Eugène O'Neill, au Théâtre de la Colline, du 14 mai au 7 juin 2003
Allégorie sur la montée du fanatisme, Dynamo, d'Eugène O'Neill, mis en scène par Robert Cantarella, s'appuie sur des techniques expressionnistes pour un Roméo et Juliette au pays des intégristes américains. Mention spéciale au décor : un coup de foudre, au sens propre du terme.
Reuben, le héros de la pièce, en est aussi l'électron libre, celui qui va semer la zizanie. Jeune premier romantique opprimé par l'intégrisme religieux, il quittera la scène, pour revenir métamorphosé en prédicateur scientiste. Quand Œdipe questionne sans réponse la Fée Electricité, les rencontres entre les personnages font des étincelles.
Allégorie d'une Amérique moderne, qui oscille entre la diabolisation manichéenne et l'apocalypse technologique (tiens, tiens… ça ne vous rappelle rien ?), Dynamo recèle des enjeux psychanalytiques que les choix de mise en scène extériorisent avec éclat : l'immense dynamo symbolise aussi la structure mentale vacillante de Reuben. Tempête sous un crâne dans un monde privé de repères.
Mrs Light, trop possessive, meurt ; Mrs Fife, affectueuse, mais perdue dans ses rêves, ne peut combler cette perte. Telle l'immense stèle noire de 2001 Odyssée de l'espace, c'est la dynamo, inquiétante figure du questionnement sans réponse sur l'origine du monde, qui deviendra mère de substitution dans cet univers de terreur mentale permanente.
La mise en scène brasse avec vivacité les ressources comiques du vaudeville et de ses placards indiscrets, la gestuelle de la farce, et les décalages ironiques entre deux niveaux de langue, la voix intérieure et la voix extérieure des personnages. Jeux sonores habiles, entre l'analyse raisonnée et la terreur instinctive, qui compensent le symbolisme un peu trop schématique de l'ensemble et le jeu parfois caricatural des acteurs, notamment dans les monologues.
Il est également dommage qu'après une première demi-heure particulièrement endiablée, le texte comme la mise en scène s'essoufflent - avant le bouquet final. Finalement, le courant passe entre la scène et la salle. Mais de manière sinusoïdale. Tout en éclats de génie et zones d'ombres plus décevantes.
Dynamo, texte d'Eugène O'Neill, mise en scène de Robert Cantarella, au Théâtre de la Colline, du 14 mai au 7 juin 2003.
Avec Gilles David, Stéphanie Farison, Florence Giorgetti, Pierr-Félix Gravière, Johanna Korthals Altes, Philippe Vieux.
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