Quatre questions aux réalisateur, producteur et comédien
Guerre et Paix : un roman titanesque auquel personne n'avait osé s'attaquer depuis plus de 30 ans. Mais la magie de la coproduction européenne a opéré. Laissons à Robert Dornhelm (réalisateur), Nicolas Traube (producteur), et Ken Duken (comédien), le soin de faire la lumière sur les enjeux et les difficultés de s’attaquer à une telle œuvre.
Ce qui nous a semblé essentiel était de conserver les caractéristiques du roman : le traitement de la trame romanesque, les traits particuliers des protagonistes, l’évocation de la philosophie de Tolstoï.
Nicolas Taube : La décision de faire une adaptation moderne de Guerre et Paix s’est prise en 2003, lors du Mipcom de Cannes, au détour d’une phrase lancée en l’air. Le challenge de faire quelque chose d’aussi grandiose que l’œuvre originale nous a poussé à foncer, sans réfléchir à la peur de se lancer dans une aventure que personne n’avait entreprise depuis plus de trente ans. Ce qui nous a semblé essentiel était de conserver les caractéristiques du roman : le traitement de la trame romanesque, les traits particuliers des protagonistes, l’évocation de la philosophie de Tolstoï…
Robert Dornhelm : Les discussions les plus agitées ont tourné autour du scénario et du casting, car chaque pays impliqué dans le projet voulait un acteur issu de sa nationalité. La création de la distribution s’est faite autour de Clémence Poesy qui est apparue comme une évidence pour incarner Natacha. Les Italiens voulaient mettre bel homme séduisant…et italien pour séduire le public transalpin, plus particulièrement les téléspectatrices !
Vous ne saviez pas, au moment où le projet a été décidé, si un diffuseur français serait susceptible d’être intéressé par Guerre et Paix : une angoisse supplémentaire ?
NT : Pas vraiment, personnellement j’ai souscrit au projet tout de suite sans me soucier de cela, tant il me paraissait évident qu’un diffuseur français suivrait. Certes, nous avons essuyé des refus. C’est l’arrivée à la présidence de France Télévisions de Patrick de Carolis et de Patrice Duhamel qui nous a permis de trouver un partenaire. En France, pour le service public, faire une coproduction est une manière de faire une production de prestige. Les Italiens ont très bien financé le projet, les Allemands ont suivis et les Français se sont alignés en y mettant aussi les moyens.
A-t-il été difficile de répondre aux différentes exigences des nombreux partenaires européens impliqués dans cette entreprise ?
RD : Huit pays sont entrés en collaboration pour mettre en place le projet, principalement l’Italie, l’Allemagne et la France. Aussi, trois scénaristes ont travaillé sur l’adaptation du roman : deux Italiens et un Anglais. Guerre et Paix est à mes yeux un véritable pudding européen, j’adore le pudding. Sérieusement, mon souci principal dans la réalisation a été de rester le plus fidèle possible à l’œuvre de Tolstoï, tout en faisant attention à ne pas froisser les sensibilités propres à chaque pays. Par exemple, je prie pour que les Français ne soient pas choqués par l’image que nous avons choisi de donner à Napoléon : un homme très dur, insensible, mégalomane… c’est une figure historique très importante en France et j’espère ne pas avoir forcé le trait, ou du moins que le personnage sera conforme à l’homme d’Etat qu’il a été.
Le casting regroupe des acteurs venus des quatre coins d’Europe : ici aussi tout n’a pas du être simple à mettre en place.
Ken Duken : Tout d’abord, l’ensemble des comédiens jouaient en anglais. Certains qui n’étaient pas du tout anglophones parlaient phonétiquement et étaient aidés d’un coach de langue.
Ce qui était vraiment intéressant lors du tournage, c’était le mélange entre les nationalités représentées par les différents acteurs. Observer le jeu de chacun était très amusant car c’était révélateur des caractéristiques propres à chaque culture : l’allemand a une gestuelle assez raide et un jeu assez intériorisé, contrairement à l’italien qui possède un langage corporel totalement exacerbé, donc c’était marrant d’être confronté à ça.

Illus. ©PAMPA PROD/RAI/LUX
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