Pas photojournaliste, mais artiste-photographe, Helen Levitt s’est attachée, des décennies durant, à saisir des moments de la vie quotidienne dans sa ville et terrain de prédilection, New-York. La fondation Cartier-Bresson lui rend hommage en exposant une centaine de clichés, en noir et blanc et en couleurs.

« A way of seeing ». C’est le titre de son premier ouvrage, réalisé en 1945 et publié en 1965. Son titre, « Une façon de voir » pourrait être appliqué tout entier au travail d’Helen Levitt, tant elle apporte un regard singulier à la matière qu’elle photographie. Ce n’est pas tant les thèmes qu’elle poursuit, que la manière dont elle le fait, qui lui sont bien propres. « Une figure emblématique de l’expression photographique, tardivement reconnue en France, rebelle à toute association avec un groupe, une école, dans un esprit de liberté frondeur et merveilleux ». Ainsi Agnès Sire, commissaire de l’exposition à la fondation Henri Cartier-Bresson évoque-t-elle l’artiste, figure emblématique de la photo du XXe siècle.
Le regard de la photographe sur ses sujets, objets de toutes les attentions, est simple, bienveillant, modeste.

De la réalité au rêve
« Son sens du vrai a perçu ces infimes moments de réalité qui, une fois juxtaposés, créent du rêve », souligne de son côté John Szarkowski, photographe et critique.
Plus d’un demi-siècle durant, Helen Levitt (94 ans aujourd’hui) a immortalisé des moments quotidiens, anodins, communs. En noir et blanc le plus souvent. Parfois en couleurs. Des enfants qui jouent, des jeunes qui s’animent, des moins jeunes qui observent, se posent. Il se dégage pourtant de cette simplicité apparente une énergie, une forme de gravité parfois, de drôlerie ou de stupeur même.
Instantanés. Deux enfants, une petite fille blanche, robe d’enfant sage et un petit garçon noir miment une danse d’adultes. Les gosses sont taquins, masqués, déguisés. Leur terrain de jeu c’est la rue. Des trottoirs, des pans de murs un peu décrépits, l’eau boueuse de la cité. Une ménagère arrose son trottoir, l’air ailleurs, la femme de la rue lit son journal, un vagabond erre, un chat erre. Il y a là des gueules cassées et des regards mélancoliques, des francs sourires aussi, plus rares. C’est la vie sur le vif.
Helen Levitt saisit cette vie en mouvement, dans toute sa spontanéité. Avec un terrain de prédilection, sa ville, New-York et ses quartiers souvent modestes, Harlem, Brooklyn, Lower East Side. New-York son lieu de vie –aujourd’hui encore-, mais aussi scène et décor de toutes ses photos. Ou presque.

Dans les années 40, elle a aussi ramené des images d’un périple mexicain. Le grain, la façon de croquer l’histoire en marche, l’instant décisif cher à Cartier-Bresson… Là, l’influence d’Henri Cartier-Bresson est manifeste et cette exposition, dans ce lieu-là, prend un sens, une dimension bien précis.
On découvre précisément ces similitudes à l’occasion d’un parallèle entre les clichés de l’un, et ceux de l’autre, dans une vitrine du deuxième étage de la Fondation.
« travail fut une révélation, écrivit la photographe. Il a montré qu’utiliser un appareil photo pour faire un état des lieux était un peu limité. J’ai commencé à photographier les gens.» Les photos des deux artistes avaient d’ailleurs été regroupées dans le magazine Mini Cam pour illustrer un article intitulé… « L’art de l’accident poétique ».

Helen Levitt
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis, Paris.
Jusqu’au 23 décembre.

Illustrations :

- © Helen Lewitt, circa 1940
- © Helen Lewitt , New York, circa 1940
- © Helen Lewitt, New York, 1980

Nedjma Van Egmond



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