Avec le projet Do it yourself, Uwe Ommer abandonne délibérément son appareil photo à ses modèles. Devant un miroir, nues, celles-ci doivent se montrer telles qu'elles se voient… ou telles qu'elles aimeraient se voir. Une série d’autoportraits authentiques, drôles, inspirés. Entretien avec un « nègre photographe », révélateur de femmes artistes, sexy, vibrantes et enthousiastes.

Un album de photos érotiques pas comme les autres. Une énorme photothèque d'autoportraits, publiée chez Taschen, comme on en voit très rarement. Sous l'oeil avisé du photographe allemand Uwe Ommer, ce sont des dizaines de femmes qui se prêtent à l'exercice difficile de l'autoportrait. Avec des contraintes multiples : se révéler, jouer avec l'objectif, se prêter au jeu du miroir. Auteur déjà des beaux-livres Black Ladies et Asian Ladies, Uwe Ommer réussit, par son talent, à faire sortir ses modèles des cadres froids de la photographie de mode. Et quand les femmes se dévoilent, ça donne un patchwork d'images élégantes, drôles et profondes à la fois. Rencontre avec un « nègre photographe », comme il aime à s'appeler lui-même. Un inspirateur d'art pour jeunes femmes en quête de révélation narcissique et esthétique.

1. Comment vous est venue l'idée de ce livre ?
Uwe Ommer : Un soir, je sors et laisse notre baby-sitter Luna s'occuper du bébé. En rentrant, nous la découvrons devant le miroir de la salle de bains, portant uniquement des escarpins de ma femme, en train de se prendre en photo avec mon Polaroïd. L'idée, alors, de laisser quelques-unes de mes modèles se photographier suivant leur inspiration m'a immédiatement tenté. Ca faisait longtemps déjà, en plus, que je voyais la folie de l'appareil photo numérique prendre tout le monde autour de moi. Chacun devient un photographe en puissance. Et comme j'adore les femmes, je voulais les voir s'admirer dans le miroir et donner l'image qu'elles pensent avoir d'elles-mêmes.

2. Et quel besoin les pousse à se prendre en photo ?
Elles ont envie de se rassurer elles-mêmes, il me semble, en se prenant en photo. Elles se mettent en scène afin de dévoiler leur côté le plus sexy. C'est beaucoup plus touchant et réel, ce rapport-là, que la manière de travailler qui existe dans la mode ou dans la pub.

3. Comment avez-vous trouvé vos modèles ?
En fait, le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Une fois qu'une fille s'est prise en photo, elle le conseille à sa copine, qui le conseille à sa copine, etc... Si l'une voit l'image de l'autre, elle veut nécessairement avoir sa propre image. Dans presque tous les cas, il s'agit d'étudiantes, de secrétaires ou d'actrices. Je n'ai pas eu besoin de faire appel à des mannequins.

4. Justement, je voulais vous demander ce que ces photos avaient de plus par rapport aux photos professionnelles auxquelles vous êtes habitué. Pourquoi n'avez-vous pas pris vous-même les photos ?
Une femme prise lors d'une séance photo professionnelle est beaucoup moins libre. Elle est inhibée dans sa volonté créatrice par les idées du photographe. Alors que devant son miroir, elle retrouve sa liberté. Elle a le contrôle de ce qu'elle peut et veut faire. C'est cela que j'ai voulu montrer dans ces autoportraits. Ces photos sont très simples, naturelles et authentiques. Elles racontent un quotidien qu'on ne voit pas dans la photo professionnelle.

5. Dans quelle mesure avez-vous apporté votre propre touche ?
Ca dépend des cas. Il y a certaines filles avec lesquelles je ne suis pas du tout intervenu, sauf dans la lumière ou le cadrage. Je donnais les conseils d'un photographe professionnel. Car certaines filles ne savaient absolument pas quoi faire, alors que d'autres adorent se prendre en photo. Il y en avait qui étaient complexées et pas du tout inspirées. Mais la majorité des filles savaient comment utiliser leur image et leur imagination. Elles choisissaient leur propre mise en scène, parfois sexy, drôle ou simple. Finalement, j'ai plus été là pour faciliter la prise de la photo parce que, d'une certaine façon, elles n'avaient même plus l'impression de poser pour une photo.

6. Il y a Luna, la baby-sitter, qui revient très souvent dans ce livre. Qu'avait-elle de plus que les autres et comment avez-vous obtenu un tel dévoilement de sa part ?
J'avais demandé aux filles d'écrire un mot assez bref pour raconter leur vie et comment elles avaient vécu l'expérience. ¨Peu ont écrit car beaucoup de filles n'aimaient pas cet exercice. La majorité des messages que j'ai reçu était, en plus, inutilisable. Sauf ceux de Luna, qui était très enthousiaste à l'idée d'écrire. Elle a voulu tenir une sorte de journal intime et j'ai donc choisi de la mettre en valeur. De laisser une large place à sa création sur les soixante dernières pages.

7. Pensez-vous que l'autoportrait nu a un avenir, au risque de compromettre celui du nu professionnel ?
Aujourd'hui, on a vraiment une abondance impressionnante et une utilisation de la photo qui fait que l'art de la photographie se vulgarise. Auparavant, c'était un business et de nos jours il se démocratise de façon extraordinaire. L'autoportrait a toujours existé, je n'ai rien inventé. A l'époque, c'était le privilège des artistes. Mais cette avalanche d'instruments numériques en fait un art qui se développe et va vite évoluer. Par exemple, pour la plupart des Occidentaux, la photo de famille a disparu, alors qu'il s'agissait, jusqu'à très récemment, d'une étape obligatoire dans la vie d'un foyer. Donc, oui, je pense que chacun est un photographe potentiel et que cela influencera certainement les professionnels.

8. Seriez-vous prêt à tenter à nouveau l’aventure ?
J'ai beaucoup aimé cette expérience. Il y aura donc peut-être un autre projet dans le même sens, mais je ne suis pas encore sûr. Ca m'a permis de me découvrir un rôle de « nègre photographe ». Le professionnel apportant sa touche aux photos naturelles de filles naturelles. J'ai été enthousiasmé par leurs réactions. En plus, elles ont beaucoup appris.

9. Si vous deviez définir vos influences en matière de photo contemporaine...
Je n'ai pas l'impression d'être beaucoup influencé. Je fais les choses les plus diverses, celles qui m'intéressent, à ma manière. J'aime bien certains photographes, mais je ne crois pas que leur travail m'influence. Parce qu'il faut dire que je travaille toujours avec très peu de moyens. Et puis, pourquoi s'inspirer de choses qui ont déjà été faites ?

Do it yourself : Autoportraits sexy
Uwe Ommer
Taschen, septembre 2007

Photos : copyright Uwe Ommer. Courtesy Taschen France.

Faris Sanhaji



Sur Flu :
- Voir aussi les fils d'actu photo, photo érotique et art et sexe sur le blog Sexe

Sur le Web :

- Le site de Taschen



• Les news de De Visu, le blog arts
Lascaux, le site web Lascaux, le site web
Lascaux, comme vous ne l'avez jamais vu (en vrai). Le...
Les Maori retrouvent leurs têtes Les Maori retrouvent leurs têtes
  Le Sénat a voté à l'unanimité, lundi 29 juin, la...
Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste
Faire de la vie une œuvre d'art, ou plus exactement...
L'art contemporain présumé coupable L'art contemporain présumé coupable
Véritable serpent de mer judiciaire, l'affaire de la mise en...

• Sur le forum Arts

Recherche personnes motivées pour former u...>>>>> U2 PARIS 11 JUILLET 2009 PELOUSE <<<<<Exposition "Souviens-toi Sarajevo" - Lille...les sortileges de ath (belgique)



arts.fluctuat.net
Sortir
Grafitti à la Fondation Cartier Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Planète Parr au Jeu de Paume « Planète Parr » présente l’univers à la fois drôle et satyrique de Martin Parr, inlassable observateur de la société contemporaine.