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On prend les mêmes et on recommence. Conçu quasiment comme une série télé, Le Coeur des hommes 2 s’enlise dans une esthétique cathodique qu’il s’invente par souci de naturalisme. A force de ne pas vouloir faire du cinéma et malgré sa générosité, Marc Esposito rate la simplicité de sa chronique sentimentale et fraternelle.
Pour voir Le Cœur des hommes 2, suite du premier épisode (acclamé par le public) mais quatre ans plus tard, inutile d’avoir suivi la première partie ou de se morfondre d’être arrivé à la bourre à votre séance, ça se prend en route sans problème, comme une série télé. Ce qui tombe bien, puisque c’est le format visé par Marc Esposito (ancien de Premiere et Studio). Plutôt que chez Sautet ou Yves Robert et son éléphant qui trompe énormément ayant illuminé nos soirées télé avant Canal, Le Cœur des hommes pioche dans un combo où la construction épisodique et la narration en boucle lorgnent droit vers le petit écran. Cinéma-télé, cinéma petit format pour petites histoires de cœurs et de potes à visée populaire, sans prise de tête mais sans arrogance aussi parce que pas de prétentions, chez Esposito on espère un naturalisme authentique et généreux, proche des choses de la vie, tout en douceur et sentiment. On a l’avantage d’être dans un cinéma sans cynisme qui ne se soucie pas de la morale, juste des nuances, avec un cœur gros comme ça et beaucoup de Cat Power pour la musique.
Sur le fond, la méthode Esposito n’est pas déplaisante : créer un cinéma de l’instant qui vous entraîne dans un feeling du quotidien, avec ses petites contrariétés, ses histoires d’amour, de couple, de cul et puis surtout la connivence d’être entre amis, partager la complicité des comédiens comme si tout ce qui était à l’écran coulait naturellement. Un format télé encore où les personnages s’imposent par une reprise perpétuelle de micro évènements narratifs qui peut s’étaler d’un épisode à l’autre. Mais ce souci de proximité, d’accompagner sur la durée cette bande de garçons ordinaires, a beau tenter de nous convaincre par sa naïveté et sa simplicité comme miroir fidèle des choses, on reste un peu sceptique. Il y a pour Esposito une certaine constance et une croyance parfois sympathique dans sa manière de donner une dignité à chaque personnage. Un cinéma bienveillant, chaleureux, qui ne juge de rien et impose des contraintes à son récit avec la volonté de toujours les résoudre simplement. Son film est fluide, ne s’impose pas comme une leçon de vie ou sur l’amour et l’amitié, et c’est sa force, d’être parfois dans le grave avec une légèreté qui le sauve du moindre discours.
Pourtant, à force de traiter des petits tracas banals de la vie sur fond de chronique masculine inoffensive, on voit rapidement les limites du procédé, d’autant que le scénario ne raconte finalement pas grand-chose. Problème de format, à vouloir « enlever du cinéma » (dixit), Esposito se rapproche bien de la télévision mais pour le pire. On est un peu affligé, entre autres, par le manque de rigueur visuelle, notamment la pauvreté du cadre et surtout ces plans, qu’Esposito refait chaque quart d’heure, où les personnages sont alignés en rang de sardines (comme sur l’affiche). Pour signifier la cohésion du groupe, c’est paresseux, limite ridicule. Dans sa recherche de réalisme, Esposito confond l’effacement du dispositif (la présence de la caméra), par celui du cadre et de la mise en scène. Son idéal est bien celui de la télévision, mais côté sitcom, avec plusieurs caméras captant une scène dont il n’aurait plus qu’à attendre de monter les images. L’ennui, c’est qu’on est au cinéma et que formellement son procédé n’apporte rien, sinon peut-être pour ses comédiens dont on laisse l’appréciation à chacun. Pour nous, Le Cœur des hommes 2 n’est pas le pire de la comédie romantique française, mais son esthétique cathodique revendiquée transforme sa tendresse fraternelle et générationnelle en tranches de vies ordinaires dont l’horizon se délimite à un cadre restrictif. Pour en sortir, élargir son regard et toucher à une réelle épure des sentiments avec simplicité, il aurait fallu justement peut-être plus de cinéma.
Le Coeur des hommes 2
De Marc Esposito
Avec Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin, Marc Lavoine
Sortie en salles le 24 octobre 2007

Illus. © Pathé Distribution