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La dernière production de Sony Pictures Animation risque de ne pas provoquer l’enthousiasme des familles. Véritable réflexion sur les codes de la télévision malgré lui, Les Rois de la glisse sera d’abord vu comme un film d’animation sympathique et rigolo où des pingouins font du surf. Pourtant on assure qu’il s’agit d’une vraie leçon de mise en scène pour les kids.
Cool, un documentaire sur des pingouins surfers. Comme quoi le cinéma tutoie toujours l’impossible. A l’heure du matérialisme roi que plus personne ne veut contredire, on serait presque rassuré qu’un film aussi peu pragmatique puisse exister. Comment ? Les Rois de la glisse est un film d’animation en image de synthèse ? Et alors, qu’est-ce que ça change ? Bon, trêve d’ironie, le premier film en duo d’Ash Bannon et Chris Buck, anciens de Pixar et Disney qui cette fois signent pour Sony, est bien un doc sur des pingouins qui font du surf, on n’a pas menti. Le truc, évidemment, c’est qu’il emprunte au documentaire, aux reportages télé et aux émissions de télé réalité leur esthétique. C’est donc une question de style que le film reproduit avec une fidélité absolument conforme à tout ce que la télévision nous déverse chaque soir. En gros, ça repose sur un concept, raconter une histoire banale avec des effets qu’on connaît tous par cœur, tout en créant une connivence avec ce qui est devenu aujourd’hui une manière de découper la réalité, une sorte de formatage.
Toute l’idée du film repose sur ce parti pris, jusqu’au-boutiste et systématique. Pour raconter l’histoire de Cody Maverick, ce jeune pingouin accro au surf qui rêve de devenir un champion depuis sa banlieue (pardon banquise) paumée du pôle nord, les deux réalisateurs ont déployé tout l’attirail esthétique télévisuel. La caméra tremblote, l’équipe technique intervient, la perche rentre dans le champ, les personnages font des confessions en aparté, on intercale des images d’archives avec un effet vintage, tout est là pour reproduire le moindre détail, faire croire à un faux réalisme là où justement il n’y a plus rien de réel. Le procédé est un peu facile mais pas inintéressant. Il démontre malgré lui que cette esthétique est d’abord une manière de soumettre la réalité à un découpage qui prouve l’invalidité des images. En réalisant comme un documentaire un film en image de synthèse avec des animaux qui se comportent comme des humains (car pingouins ou pas, peu importe, c’est juste un effet de mode), Bannon et Buck ont réussi à être plus godardiens que tous ses héritiers présumés. Il fallait le faire.
Plus qu’avec les autres faux documentaires qu’a connu l’histoire du cinéma (ceux de Marker ou Jackson par exemple), Les Rois de la glisse invite à se méfier des images, il interroge, complètement malgré lui, la captation du réel parce que justement il n’a plus rien de photographique. En deux mots, il nous dit que quelle que soit la forme, c’est toujours une illusion. On peut dire que c’est une véritable leçon sur la mise en scène pour les kids, qui on l’avoue, risquent de ne pas bien piger cette dimension du film. Mais peu importe, pour nous son intérêt est là. Le reste tient à des choses plus conventionnelles : une galerie de personnages rigolos inspirés du milieu surfeur, une quête initiatique classique entre le jeune maverick et l’ancien retiré du milieu qui va tout lui apprendre, un méchant pathétique obsédé par la victoire, une nana façon baywatch, le tout chapeauté par une moralité de bon ton sur l’essence du sport, son état d’esprit etc. Il y a pas mal de morceaux de bravoure, quelques belles séquences de surf, et on peut saluer aussi l’effort technique parfois bluffant sur les effets d’eaux incroyablement maîtrisés. On pourrait rajouter que le doublage américain où l’on retrouve l’inénarrable Shia LaBeouf, Jeff Bridges ou James Woods est plutôt sympathique, mais comme le film sera vu d’abord en français, on ne va pas insister. On dira donc que pour la forme, oui, mais pour le fond, bof, c’est pas du Pixar.
Les Rois de la glisse
De Ash Bannon et Chris Buck
Avec les voix (VO) de Shia LaBeouf, Jeff Bridges et James Woods ; VF de Pierre Richard, Omar Sy, Nelson Monfort
Sortie en salles le 24 octobre 2007

Illus. © Gaumont Columbia Tristar Films