AU théâtre des Bouffes du Nord à Paris
Grand succès de ce début de saison théâtrale, Je tremble (1) de Joël Pommerat attire les foules. Suiveurs de la première heure ou nouveaux venus au monde de l'auteur, tous se pressent aux Bouffes du Nord pour y découvrir le premier épisode d'un diptyque en construction. Un grand moment de théâtre, fascinant comme un rêve.
La certitude de la mort
Le monde est cruel et il ne sait plus où il va. C'est tellement difficile d'élever un enfant, d'aimer, de se faire une place dans le monde du travail, dans sa famille, et avec tout ça, il y a encore les tueurs d'enfants... La seule certitude est celle de la mort. Et encore. Il n'est pas certain que nous ne nous en relèverons pas, comme ce Présentateur qui nous promet qu'il mourra avant la fin de la pièce : il meurt dès le début et se relève, puis meurt effectivement à la fin, pour réapparaître encore ensuite. Mais face à la mort, une autre certitude, tout aussi forte : la certitude de la vie. Plusieurs des personnages féminins sont enceintes.... C'est tout cela que raconte Joël Pommerat et avec lui toute la troupe de la Compagnie Louis Brouillard avec qui il chemine depuis plus de quinze ans.
Une question de regard
La vie, la mort, tout est question de regard, nous dit l'auteur / metteur en scène. Le regard des autres qui pèse sur l'"homme qui n'existait pas", sur la "femme très mal en point", ces personnages sans autre nom dont le destin est figuré par une courte suite d'images et des dialogues réduits à l'essentiel. Mais il y a aussi le regard qu'on porte sur le monde, et oui, cela, il est possible de le changer. "Maintenant j'ai appris à regarder le monde autour de moi", vient témoigner au micro une mère, vingt ans après avoir abandonné sa fille. Et d'ajouter "il y aura toujours du malheur et nous n'y pourrons rien".
Machine à rêves
Le Présentateur nous promettait du rêve pour cette première partie de Je tremble. Et c'est bien du rêve que la Compagnie Louis Brouillard nous fait vivre, entendre, voir. Non pas du rêve formaté, du rêve d'industrie du spectacle, non, mais bien du rêve de... dormeur. Du rêve réparateur où les événements vécus sont repris par fragments, enchaînés parfois sans logique consciente et où les personnages se confondent. Les images de Joël Pommerat nous arrivent, comme celles d'un songe, parfois étirées, parfois floues, et replongent sans cesse dans le noir - noir de l'inconscient, noir du plateau - pour en revenir plus éclatantes, plus réelles. Si ce premier volet de Je tremble fascine c'est qu'il réussit à démontrer concrètement la nécessité du théâtre : machine à rêves, aussi vital que le sommeil, le théâtre agit comme assimilateur de la réalité et nous permet de continuer à vivre, tout simplement.
Je tremble (1)
Texte et mise en scène de Joel Pommerat
Compagnie Louis Brouillard
Avec : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Hervé Blanc, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Jean-Claude Perrin, Marie Piemontese
Durée : 1h15
Théâtre des Bouffes du Nord, du jeudi 4 au mercredi 31 octobre 2007, du mardi au samedi à 20h30 - matinée le samedi à 15h30
Crédits photos : Elisabeth Carecchio.

Sur le web :
- Consultez le site du Théâtre des Bouffes du Nord
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métier