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Méditation sobre et lumineuse sur le déclin d’une vie, Avant que j’oublie est un formidable autoportrait de Jacques Nolot en artiste vieillissant, mais encore attaché à la vie, à l’art, au désir.
Nolot prend son temps, et fait durer ses plans, que ce soit pour se montrer nu et fatigué, ou bien encore pour filmer ces conversations avec ses amis, où les phrases se répètent sans cesse. Par son sens de l’observation, du détail, le film nous offre en effet une plongée dans un temps de la vie où les choses semblent tourner en rond. Dans ce petit cercle de relations, tout paraît voué à se reproduire de génération en génération - Pierre était gigolo, aujourd’hui il en fréquente et semble devenir tous les jours un peu plus ce Toutoune qui prenait soin de lui. L’argent, nerf de la guerre, passe de main en main, jamais indifférent aux rapports des hommes. Le film avance dans une gravité qui n’a pourtant rien de plombée, souvent même illuminée par le tempérament virulent de Pierre.
Ce personnage qui passe son temps à se plaindre et à tenter de rassembler ses souvenirs pour mieux construire son présent, dandy volage et perdu, nous en rappelle ainsi un autre, cet Alexandre filmé par Eustache dans La Maman et la Putain. Là où le personnage frivole interprété par Jean-Pierre Léaud était ramené aux dures lois du réel par Marie, Pierre est contraint par son corps, son âge. Mais dans sa manière de mener sa vie comme dans cette frénésie de paroles rythmée par les lieux du quotidien (appartement, bar, resto), on retrouve comme une trace tangible de cette époque et de ce cinéma, qui n’avait que faire des codes et du savoir-faire. Libre plus que jamais, Jacques Nolot signe ici un film à la fois honnête et joueur, brouillant les frontières de l’autobiographie pour nous offrir un portrait finalement moins narcissique qu’il n’y paraît.
Si le suicide est un instant envisagé par Pierre, et filmé par Jacques comme une magnifique ellipse de l’individu, Avant que j’oublie offre pourtant, à travers le personnage d’un jeune garçon, un espoir, une possibilité de sortir de ce train-train mortifère. Retour vers La Chatte à deux têtes, le travestissement de Pierre lui permet un instant de quitter ce corps problématique pour en inventer un autre, et de passer encore une fois de l’autre côté du fantasme. Car fantasme, rêve, désir : cette trinité-là, elle, ne vieillit pas.
Avant que j’oublie
De Jacques Nolot
Avec Jacques Nolot, Jean-Paul Dubois, Marc Rioufol
Sortie en salles le 17 octobre 2007

Illus.© Elia Films