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7 questions à Edouard Launet, à propos de son livre Sexe Machin (quand la science explore la sexualité)
Les femmes simulent-elles au lit ? Combien sont-elles à avoir des multi-orgasmes ? Pourquoi les hommes aiment-ils regarder des images de fornication collective ? Dans une série de chroniques géniales sur les mœurs sexuelles de nos contemporains vues par le prisme de la science, Edouard Launet vous apprend tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe machin… sans oser le demander à des spécialistes. Entretien.
1. Quelle est l’étude la plus croquignole qu’il vous a été donnée de chroniquer ?
C'est l'article - paru dans la revue Evolution and Human Behavior et signé d'un chercheur canadien - qui entend démontrer que le goût particulier des hommes pour les images pornographiques montrant une femme en train de forniquer avec plusieurs hommes est un héritage de l'évolution. Au temps des cavernes, explique ce chercheur, les femmes avaient beaucoup de partenaires, parfois simultanément, et les hommes qui s'en sortaient le mieux - et donc qui se reproduisaient le mieux - étaient ceux que cette situation de "sperm competition" excitaient le plus. D'où sélection de ce type de profil au fil du temps.
L'explication peut paraître loufoque, mais elle a été confirmée par une étude postérieure, titrée : "Le contenu des images influe sur la qualité du sperme", dans laquelle un chercheur australien constate que les hommes regardant des scènes où plusieurs mâles s'attachent à obtenir les faveurs d'une seule femme ont dans leur éjaculat un taux plus élevé de spermatozoïdes mobiles que ceux qui regardent des images disons plus classiques.
2. Y en a-t-il eu que vous n’avez jamais osé citer, par crainte de voir pleuvoir des centaines de lettre de protestation des lecteurs de Libération * ?
Aucune. Et aucune lettre de protestation ne nous est parvenue. Sous la double protection de la science et (autant que faire se peut) de l'humour, il n'y a pas de sujet tabou.
3. Quelle pratique sexuelle vous semble être celle la plus étudiée par la recherche scientifique ?
Toutes les pratiques sont étudiées, même les plus improbables. On note juste un nombre étonnant d'études sur les érections nocturnes depuis quelques années (des centaines !). Mais cela s'explique. Et l'explication est dans le bouquin...
4. Quels seraient les dadas de la recherche scientifique sur la sexualité ces dix dernières années ?
Avec l'épidémie de Sida, beaucoup de recherches portent sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles, ce qui implique d'étudier toutes les pratiques sexuelles, aussi originales soient-elles (voir plus haut). Ce qui nécessite en amont des travaux sur la manière de conduire ces études. Lesquels travaux réclament parfois quelques recherches préliminaires. On en arrive ainsi à des sujets d'études qui peuvent sembler surréalistes. Par exemple : équiper des femmes de capteurs vaginaux pour voir si elles sont plus excitées par les films porno réalisés par des femmes ou par ceux réalisés par des hommes. Ou encore : tester quantité de dispositifs de mesure de l'érection pour trouver le plus efficace dans chaque cas.
5. A qui sont destinées ces études ? A quoi servent-elles ?
Outre la prévention des MST, les études sur la sexualité servent à quantité de choses : traiter l'impuissance, développer la procréation médicalement assistée, soigner les paraphilies quand elles empêchent une vie sociale normale, mieux connaître l'évolution humaine, faire progresser la connaissance. Ces études sortent rarement du cercle de la recherche, ce qui est dommage. Elles sont supposées être faites par des spécialistes pour des spécialistes.
6. Vous avez une prose réjouissante. Quelles sont vos lectures scientifiques ou littéraires de prédilection ?
Pour regarder la science à la bonne distance, nous qui ne sommes pas dans les laboratoires, lire les ouvrages de Jacques Ellul n'est pas une mauvaise idée. Sinon Proust et Rousseau ont écrit d'assez belles pages sur la masturbation.
Un exemple ? « Pendant qu’avec les hésitations héroïques du voyageur qui entreprend une exploration ou du désespéré qui se suicide, défaillant, je me frayais en moi-même une route inconnue et que je croyais mortelle, jusqu’au moment où une trace naturelle comme celle d’un colimaçon s’ajoutait aux feuilles de cassis sauvage qui se penchait juqu’à moi » (Marcel Proust, in Du côté de chez Swann. Cité par Edouard Launet dans Sexe Machin, p 35 ndlr)
7. A vous lire, il paraîtrait beaucoup d’articles ou d’études portant sur l’orgasme et le plaisir féminins (voir notamment les chroniques titrées « Simulatrices de haut vol » ou « il était plusieurs fois ») ?
Il y en a aussi beaucoup sur l'orgasme et le plaisir masculin. Qu'il soit féminin ou masculin, l'orgasme est assurément un sujet légitime de recherche. Ce qui est étonnant, c'est qu'il nous reste tant de choses à apprendre sur le sujet. Il est vrai que le progrès technique permet aujourd'hui des angles inédits : ce n'est que récemment que l'on a pu étudier le coït au (et dans un) scanner, ou encore utiliser l'imagerie fonctionnelle pour étudier l'activité cérébrale pendant l'orgasme.
* Plusieurs chroniques de l’ouvrage sont parues dans Libération sous la rubrique « Viande froide cornichons », en 2004.
Sexe machin (quand la science explore la sexualité) Edouard Launet Editions du Seuil, septembre 2007

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