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La gueule de bois du brit cinéma

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La gueule de bois du brit cinéma


Petite histoire du cinéma anglais (10/10)

Alors que le cinéma anglais, à l’instar du pays entier, vivait une lourde crise dans les années 1970, les années 1980 ont marqué un renouveau des productions. Pourtant, aux cinéastes forts et inspirés ont succédé bien peu de nouveaux noms marquants.

Le cinéma anglais des années 1980 et suivantes est marqué par l’empreinte d’un trio de cinéastes qui partage un engagement qui les rapprocherait presque des Angry Young Men, sauf qu’ils ont tous appris à vieillir en faisant certaines concessions. Stephen Frears, Ken Loach et Mike Leigh sont ainsi les trois figures du cinéma britannique à s’être le plus baladées dans les festivals du monde entier. Le dernier, qui débuta réellement en 1987 avec The Short and curlies, ne s’est jamais trop éloigné de sa ligne conductrice : un cinéma du réalisme social, teinté de mélodrame. Loach, le plus ancien, le plus omniprésent et le plus insupportable, s’égare de plus en plus dans des films pamphlets aussi légers que du haggis, mais retrouve par instants un peu de son inspiration des débuts (Riff-Raff, 1991, Ladybird, 1994, Sweet Sixteen, 2002). Enfin, Frears est celui qui aura assumé pleinement la tentation hollywoodienne, puisque après les très réussis My Beautiful Laundrette (1986), Prick Up Your Ears (1987) et Sammy et Rosie s'envoient en l'air (1988), il passe temporairement de l’autre côté de la force, avec une adaptation réussie des Liaisons dangereuses (1989), puis d’autres tentatives plus ou moins convaincantes.

Parmi les rares jeunes cinéastes à émerger des années 1980, on doit bien sûr s’attarder sur le cas Neil Jordan. Cinéastes irlandais, il débute en 1982 avec Angel, puis enchaîne cinq films dont deux pour Hollywood, des échecs, avant d’arriver à son premier succès : The Crying Game en 1992. Cinéaste réellement à part, Jordan se passionne pour des sujets qui laissent une grande place au mystère. Le rapport du soldat et de la transsexuelle de The Crying Game, tout comme les relations entre vampires mâles d’Entretien avec un vampire (1994) ou le héros travesti de Breakfast on Pluto : ce sont les marginaux, réels ou imaginaires, qui hantent cette œuvre souvent très ambitieuse, qui alternent les productions anglaises et américaines. Encore plus jeune, Lodge Kerrigan est sans doute le dernier grand cinéaste britannique à être apparu. En trois films, Clean, Shaven (1995), Claire Dolan (1998) et Keane (2005) il a fait forte impression. Maîtrisant à merveille la tension nerveuse du spectateur, ces trois portraits d’individus au bord du gouffre dessinent un univers où l’angoisse du monde réel atteint son paroxysme. Des films qui laissent une trace brûlante.

Enfin, il faut évoquer un cinéaste disparu précocement, mais dont quelques films offrent déjà une œuvre passionnante et fondatrice : Alan Clarke (Scum sur le milieu carcéral en 1979, Made in Britain sur des Skinheads en 1982, Road en 1987, The firm et Elephant en 1989). Tournés dans les banlieues pauvres de villes industrielles, ses films sont des portraits, fictionnels, d’une jeunesse en perte de repère et soudain tentée par la violence. Mais il a aussi beaucoup réalisé pour la télévision, ainsi que filmé des pièces de théâtre – Brecht étant un de ses auteurs fétiches. S’il révèle des acteurs tels que Tim Roth ou Gary Oldman au cinéma, Clarke s’entoure aussi d’acteurs non professionnels et développe une mise en scène très détachée, annulant tout sentimentalisme. Sa plus grande réussite est ainsi Elephant, film-concept, où une caméra portée à l’épaule suit 18 fois – 18 plans séquence - un homme commettant un assassinat. Une réflexion tirée du terrorisme en Irlande, et que Gus Van Sant reprendra pour son Elephant à lui, basé sur le massacre de Columbine. Aujourd’hui encore, ces films questionnent avec exigence les limites de notre société.

Aujourd’hui, les jeunes cinéastes dans les années 1990 semblent avoir largement oublié ces préoccupations et cet engagement. Ce sont les films de genre qui ont la côte : Danny Boyle (Petits meurtres entre amis en 1995, Trainspotting en 96), apparaît comme le fils prodigue de cette décennie, bien que ces films n’aient rien de bien prodigieux. Ce sont les films d’horreur qui semblent redonner un souffle, à défaut de grands cinéastes, au cinéma anglais au début des années 2000 : The Descent, Severance, 28 jours plus tard, Isolation… Inspiré par Orange Mécanique autant que par Alan Clarke, le très jeune Thomas Clay signe un brulôt formellement brillant, mais au discours mal dégrossi dans The Great ecstasy of Robert Carmichael. Les Comédies sociales demeurent, avec quelques coups d’éclat : Quatre mariages et un enterrement, Les Virtuoses, Billy Elliot, Joue-la comme Beckham… L’économie du cinéma Britannique est en forme, tous ces films s’affirment profondément British, mais reste à découvrir des cinéastes pour prendre la relève des grands créateurs apparus dans les 60’s.

Sources :
Typiquement British, le cinéma britannique, recueil de textes, ed. Centre Pompidou
Les Entretiens Hitchcock/Truffaut, ed. Ramsay http://www.screenonline.org.uk

Illus.1 : My Beautiful Laundrette, Stephen Frears, 1986
Illus.2 : The Crying Game, Neil Jordan, 1992
Illus.3 : Trainspotting, Danny Boyle, 1996

Laurence Reymond

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